REVUE
BRITANNIQUE.
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University of Ottawa
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Sa^TO
OD
CHOIX D'ARTICLES
TRADUITS DES MEILLEURS ECRITS PERIODIQUES
SUR LA LITTÉRATURE, LES BEAUX- ARTS , LES ARTS INDUSTRIELS , L'AGRICULTURE, LA GEOGRAPHIE, LE COMMERCE, l'ÉGONOMIE POLI- TIQUE, LES FINANCES, LA LEGISLATION, ETC., ETC.;
Par MM. Saulnier Fils , ancien préfet, de la Société Asiatique, directeur de la Rei^ue Britannique ; Dondey-Dupré Fils , de la Société Asiatique • Charles Coquerel ; L. Am. Sédillot; Genet; West, Docteur en Médecine (pour les articles relatifs aux sciences médicales ) , etc.,
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Au bureau du JOURNAL, Rue de GRENELLE-St.-HoNORÉ , No .9; Chez DONDEY-DUPRÉ PÈRE ET FILS, imp.-lib.
Rue Riclieli^u , .\o 4^ bis , ou rue Saint-Louis , Xo ^U , au Marais. ' '
1829
IMPniMF.RlE T)F. nONDEY-DtTRE.
JANVIER 1828.
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REVUE
%
APERÇU
SITUATION FINANCIERE DE LA GRANDE-BRETAGNE,
JDien des personnes supposeront sans doute qu'il esl su- perflu de démontrer que de grands avantages résulteraient d'une réduction dans les taxes -, et qu'une vérité aussi pal- pable n'a pas besoin de preuves. Cela ne nous empêchera pas, cependant, de présenter quelques observations sur ce sujet , moins, il est vrai , pour faire ressortir les incon- véniens des taxes ^ qu'afin de faire voir la manière dont elles opèrent. Il ne sera pas nécessaire, pour atteindre le but que nous nous proposons , d'insister sur l'action par- ticulière de certaines contributions considérées isolément. De quelque nature qu'elles puissent être, elles doivent tou- jours , en dernier résultat , tomber sur l'une ou l'autre des trois grandes sources de tout revenu, la rente, les profits et les salaires; et il est évident que, lorsqu'elles sont éle- vées très-haut , elles occasionnent nécessairement des pri- vations correspondantes, dans toutes les classes de la société. Si les impôts pèsent sur les salaires, ou sur les ar- ticles le plus habituellement consommés par le peuple, el
6 APERÇU DE LA SITUATION FINANCIÈRE
il n'y a guère que ces deux natures d'impôts qui soient vé- ritablement productives, il est évident qu'ils diminueront le bien-être des classes ouvrières qui, dans toutes les so- ciétés, forment la majorité de la population, ou qu'ils feront hausser les salaires, et par conséquent réduiront le taux des profits. Le plus souvent ils produisent à la fois ce double résultat ; mais dans les pays où les classes ouvrières sont très-pauvres , ou se distinguent , comme en Hollande et en Angleterre, par l'esprit d'économie et de prévoyance, une taxe sur la main-d'œuvre et sur les consommations habituelles des classes inférieures , quelle que soit l'action défavorable qu'elle exerce immédiatement sur ces classes, a toujours pour résultat définitif d'élever le taux des sa- laires , d'une manière proportionnelle. Quand cela a lieu , la taxe tombe en totalité sur ceux qui font travailler , et il en résulte par conséquent une baisse correspondante dans le montant des bénéfices.
On a dit que si l'effet de l'exagération des tarifs était seulement de diminuer les profits des capitalistes , et par conséquent de réduire la faculté qu'ont les riches de con- sommer des objets de luxe, il était peu utile de les modi- fier. Nous pensons à cet égard bien différemment. Dans notre opinion , le plus grave inconvénient des taxes oppres- sives, c'est la réduction des profits. Une expérience que rien n'a démentie a fait voir que les contrées où , cœteris paribus y les capitaux s'accroissent le plus rapidement, sont aussi les plus prospères. La demande pour le travail s'aug- mente sans cesse, et la somme d'aisance dont jouit l'ou- vrier paraît considérable, quand on la compare avec celle qu'il possède dans les pays stationnaires. Mais le principe d'accroissement, en maintenant la population au niveau des moyens de subsistance , met presque toujours ceux qui vivent par des salaires dans Timpuissance d'économiser, quand ils ont satisfait à leurs besoins et à ceux de leur
DE LA GRANDE-BRETAGISE. ^
famille. C'est de la rente et des bénéfices , mais surtout des derniers, que les capitaux se forment presque entièrement ^ et s'il y a une vérité démontrée en économie politique , c'est que la faculté qu'ont tous les pays d'accroître leurs capitaux 5 et par conséquent d'avancer dans la carrière de la richesse et de la population , est en raison du taux res- pectif de leurs profits. Il est incontestable , par exemple, que c'est par suite de la différence qui existe dans le mon- tant de leurs bénéfices , que les progrès de la richesse et de la population sont presque stationnaires en Hollande , len- tement progressifs en Angleterre, et relativement très- rapides aux Etat-Unis. Un capital d'un million st., employé dans ces divers pays, ne donnerait pas probablement plus de 39,000 liv. de bénéfice net, dans le premier; de 5o, 000 liv., dans le second ; et de 80,000, dans le troisième. Or, comme les capitalistes doivent, dans tous les cas, vivre de leurs profits , il est clair que l'excédant de leurs consommations ou moyens de cumulation sont en Angleterre plus forts qu'en Hollande, et, aux États-Unis, bien plus considé- rables qu'en Angleterre.
Ainsi donc , c'est par le taux des profits qu'on peut ju- ger de la prospérité d'un pays, ou, en d'autres termes, par les moyens qu'il possède d'employer ses capitaux et le tra- vail de ses ouvriers, et non par le montant absolu de ces mêmes capitaux. Le capital de la Hollande, considéré re- lativement à la population, est, sans contredit, plus con- sidérable qu'aux Etats-Unis; mais comme l'union améri- caine peut tirer un bien meilleur parti de ses capitaux, il est hors de doute qu'elle est plus prospère. « L'état progressif, dit Adam Smith , porte de la joie et du conten- tement dans toutes les classes de la société; l'état station- naire est monotone ; celui de décadence est sombre et mélancolique. » Comme l'état progressif est une consé-
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quence de rëlévalion des profits, il importe beaucoup d'écarter tout ce qui pourrait en réduire le taux.
Par malheur , ce n'est point là le seul inconvénient de l'exagération des taxes ^ elle tend aussi à faire exporter les capitaux et l'industrie du pays. S'il pouvait être entouré du mur d'airain de l'évéque Berkeley, une réduction dans le taux des bénéfices aurait des suiles moins funestes. Elle ralentirait un peu l'accumulation des capitaux , mais sans en diminuer le montant. Dans l'état acluel du monde, les capitaux sont facilement transportés dans les autres pays , et quand ce transfert commence à s'opérer sur une cer- taine échelle, il forme un obstacle à peu près insurmon- table aux progrès ultérieurs de la richesse, et par consé- quent de l'accroissement des taxes. Il est sans doute assez difficile d'assigner les bornes de la faculté de supporter des taxes que possède une nation riche et puissante, où la sé- curité de la propriété et la liberté de l'industrie sont garan- ties par de sages lois-, mais enfin, comme l'observe M. Ri- cardo, ces bornes existent^ et, quel que soit le prix des biens dont nous venons de parler, il ne faut pas croire que, pour en jouir dans sa terre natale, le capitaliste consente à se soumettre à voir son revenu disparaître , en grande partie, sous les exigences du fisc.
Les profits tendent toujours à s'égaliser. Ce principe de la concurrence, qui ramène à un taux uniforme les béné- fices des capitaux engagés dans les diverses spéculations qui se font dans le même pays, étend aussi son influence sur les différentes nations qui ont entre elles des relations com- merciales. Les mêmes considérations qui empêchent un capitaliste d'engager ses fonds dans une entreprise indus- trielle de Liverpool ou de Manchester , s'ils ne doivent pas lui présenter un bénéfice aussi considérable qu'un place- ment fait à Londres, pourront le déterminer à les trans-
DE LA GRANDE-BRETAGNE. 9
porter en France , si c'est le moyen d'en tirer un revenu plus élevé. Un grand nombre de circonstances, telles, par exemple, que la différence des langues, l'ignorance des habitudes et des coutumes étrangères , souvent aussi l'absence de sécurité et de garanties , pourront , dans beaucoup de cas, empêcher le transport des capitaux dans les autres pays^ mais l'expérience a fait voir que ces obsta- cles sont toujours surmontés par une infériorité relative dans le taux des profits. C'est cette infériorité qui, dans le dernier siècle, empêcha les capitalistes hollandais de placer chez eux le produit de leurs accumulations, et qui prépara la destruction lente, mais graduelle et définitive, de leurs pêcheries , de leurs fabriques et de leur commerce. Il y aurait folie à ne pas profiter de cet utile et terrible avertis- sement. Notre situation actuelle ressemble, à beaucoup d'égards , à celle de la Hollande , dans la première partie du dernier siècle. La baisse du taux des profits, depuis la paix , a déjà produit des résultats faits pour exciter au plus haut degré la sollicitude publique. C'est cette baisse qui a contrebalancé , aux veux des capitalistes, toutes les chances hasardeuses des placemens à rétrauger, et qui les a en- traînés dans les entreprises les plus funestes. Aujourd'hui même , malgré les sévères leçons que nous avons reçues, nous ne sommes pas encore dégoûtés de ces opérations ^ et, à l'exception de Ferdinand d'Espagne , il n'y a peut-être pas un seul prince en Europe, ou un seul cacique, dans l'Amérique du Sud, qui ne trouvai à emprunter de grosses sommes sur le marché de Londres, à des conditions très- douces.
Mais, dans notre opinion , le lourd fardeau de nos con- tributions pèsera encore bien davantage sur nous, à l'a- venir, qu'il ne pèse actuellement. Pendant la guerre, il n'était pas facile de transporter nos capitaux dans les autres pays: ell'énormité des dépenses publiques était, jusqu'à un
10 APERÇU DE LA SITUATION FINANCIÈRE
certain point , compensée par Tcspi it d'cconomie et les ha- bitudes industrieuses que raccroissement des taxes avait introduits dans toutes les classes. Mais, en même tems qu'une époque de paix permet aux autres nations de s'ap- proprier la plupart de ces moyens de production qui nous aidaient à supporter le fardeau des taxes, elle donne aussi les plus grandes facilités à ceux qui veulent y transporter leurs capitaux. Les désastreux effets des charges publiques ne sont pas de nature à se faire sentir immédiatement. Elles agissent avec lenteur, et une découverte importante dans les arts industriels ou dans l'agriculture (i) pourrait en balancer les plus fâcheux inconvéniens. Cependant, il faut bien se garder de trop compter sur ces découvertes. Comme elles ne peuvent pas être monopolisées, il est clair que l'exagération des taxes agit précisément de la même manière qu'une prime qui serait accordée à l'exportation des capitaux ^ et par conséquent elle ne peut pas manquer d'avoir, en définitive, les résultats les plus funestes.
Dans des circonstances semblables, il est du devoir des ministres de renfermer les dépenses dans les limites les plus étroites possibles , et de faire toutes les économies compa- tibles avec la sécurité intérieure et l'indépendance du pays. Rien donc ne pouvait être plus agréable à la nation que l'engagement pris par M. Canning de soumettre la totalité des dé,penses et des recettes publiques à l'examen d'une commission spéciale.
Nous sommes convaincus que le nouveau ministère a trop à cœur le bien de la nation pour ne pas tenir, à cet
(i) Note DU 'In. On a vu, dans l'article sur les Progrès de la richesse agricole dans la Grande-Bretagne , inséré dans notre 28^ numéro , que l'introduction de la culture du navet en plein champ , par lord Townshend , avait augmente d'un milliard en Ir. le revenu annuel des propriétaires an- glais, et par conséijuent d'tinc sniiime supéneuie au montant des arrérages de la dct'c publique.
DE LA GIlAISDE-BTlETAGNE. I I
égard, les engagemens de cet homme d'état. Cette résolu- tion l'exposera sans doute à Tanimadversion de beaucoup d'individus avides et puissans 5 mais, d'un autre côté, elle lui donnera des droits éternels à la gratitude nationale. Nousn'hésitdns pas à dire, en mémetems, que nous sommes loin de partager, dans toute leur étendue , les espérances de ceux qui supposent que les retranchemens opérés par des ministres vraiment patriotes pourraient beaucoup diminuer les charges qui pèsent sur le peuple. Une diminution dans ces charges n'est point au reste le seul but que doivent se proposer des ministres citoyens. Rien n'est plus funeste que l'action exercée par une multitude de salariés sans fonctions réelles , ou dont les attributions sont tout-à-fait disproportionnées avec la grandeur de la rémunération qu'ils reçoivent. Le secours de ces sangsues publiques n'est nullement nécessaire à un ministre qui serait environné de la confiance générale, qu'elles tendraient au contraire à lui faire perdre. Une administration patriote et éclairée doit s'occuper activement des moyens d'étouffer une influence qui ne peut produire aucune espèce de bien , en même tems qu'elle est roccasion d'une dépense considérable^ mais c'est la destruction de cette influence qui serait le premier et le plus utile résultat de nos économies. Si nous voulons réellement diminuer le fardeau qui pèse si lourde- ment sur nous , et, en rendant l'industrie plus productive, élever le taux des profits , c'est par d'autres voies que nous devons y parvenir. Ce n'est pas en supprimant quelques sinécures, en congédiant quelques douzaines de commis, ni même en licenciant quelques bataillons, que les maux trop réels qui nous affligent pourront être adoucis, et bien moins encore détruits dans leur germe.
Voici le tableau de la dépense totale du Royaume-Uni, en 1826 :
12 APERÇU DE LA SITUATION FINANCIERE
Dépenses du lioyaume-Uni , pour Vannée finissant au 5 janvier 1827, dédtictiun faite des remises , escomptes , drawhachs , etc. , et non com- pris les sommes applicables au rachat de la dette publique , pendant la même année.
PAIEMENS
FAITS SUR LES PERCEPTIONS AVANT LES VERSEMENS DANS l'ÉcHIQUIER.
liv. st. fr. liv. st. fr.
Fiais de perceptioa ^^oio^'i'i'] f 100,758,425)
Autres paiemens .. 1,357,047 (33,926,175)
Total des paiemens effectués avant le
versement dans réchiquier ^_^_^_..i__^ 5,387,384 ( i34,684,6oo)
PAIEZVIENSFAITS PAR L'ÉCHIQUIER.
Dividendes , intérêt et administration de la
dette publique, non compris 5,591,23 1 1. s.
pour l'amortis.>-cment 27,245,75© f68i,l43,75o)
Intérêts des billets de TécLiquier 831,207 ( 20,780,175)
"^ "7^ g^7 ( 701,923,925)
P«asions militaires et navales 2,214,260 ( 55,35G,5oo)
Remis à la banque d'Angleterre 585, 740 ( i4,'J4-^i5oo)
2,800,000 ( 70,000,000)
Liste civile i ,057,000 ( 26,425,000)
Pensions à la charge du fonds consolidé 864,268 ( 9,106,700)
Trajtemens 6g,M5( ii^^Ti^^S^
Cours de justice i5o,5qo ( 3,764,7*0)
Mines . . , 4,7?o ? 368,75ol
P> imes 2,956 l 73,<)Oo)
Frais divers 204,064 ( 5,ioi,Boo)
Idem pour l'Irlande 301,427 ( 7,535,675)
Avance pour les docks de Leit! , . 240,000 ( 6,000,000)
Pour l'acqui-^ition de l'intéict du duc d'At-
h<d,dausle revenupublic de rîledeMan. i5o,ooo ( 8,750,000)
Pour reconstruire le pout de Lcndres 120,000 ( 8,000,000)
2 164,170 ( 54,io4,25o)
5io,ooo ( i2,-5o,ooo)
Armée 8,2117, 36o (2o-,434,oou)
.Marine. 6,54o,fi34 (i6'3,5i5,85o)
Artillerie i,86o,6o(i ( 46,74o,i5o)
Depcn.~es diverses 2,566,-83 ( 64,169,5-5)
1(1,274,385 ( 481,859,575)
Prix de la loterie 6<),8o2 ( i ,745,o5o)
Pour rénii.-sion des billets de l'échiquier,
pour donner de l'emploi aux pauvres.. . . 44^,3oo ( ii,o82,5oo) Avance du fonds consolidé en Irlande, pour
travaux publics 546,922 ( 13,678,050)
1,060,024 ( 26,500,600)
ToTiL 59,273,918 (1,481,822,950)
Excédant de» versemens dau^s réchiquicr sur la dépense 1,009,44^ ( 25,236,r!oo)
60,282,366 ( 1,507, 059, i5o)'
* Note du Tr. La tolalili dus llcpt■u^c» de la France est d environ un milliard quaranlt-lroi> luilLuns , en y cinnprcnaiit ctlle- des communes , qui nv figiiieiil j>as dans le budjet de Félat. Le
T)E L\ GPi AÏS" DE-BRETAGNE. l3
Il est évident, d'après cet état , que la somme d'écono- mies que Ton peut faire dans les dépenses publiques est bien moins considérable qu'on ne le suppose communé- ment. Près de la moitié du revenu est absorbée par le paie- ment des arrérages de la dette, et n'est susceptible, par conséquent, d'aucune diminution. On pourrait sans doute faire une réduction importante , sous le point de vue poli-
tnbleai! i^nivant tle ces dépenses pendant l'exercice de iSa-j , pourra donner lieu à des rappro- cliemens curieux , en le comparant au budjet de l'Ançleterre.
DÉPENSES ORDINAIRES DU ROYAUME DE FRANCE POUR
L'EXERCICE 1827.
lo DETTE PERPÉTUELLE, AMORTLSSEMENT ET^SERVICES DIVERS.
Services des arrérage? de la dette perpétuelle 198,840,121
( Cette somme est susceptible de s'accroître d'envirnu 6 millions par suite de l'inscription, en 1828 et iSi\) , des deux derniers cinquièmes des rentes de l'in- demnité. )
Dotation de la caisse d'amortissement 4*'»*'*' "1OO0
Liste civile et famille royale 32, 000,000
Dette viagère 8,100,000
Pensions civiles , militaires et ecclésiastiques (y compris 2,533,4';5 fr. pour supplé- ment aux fonds de retenues des ministères et des administrations) 6o,523,4'-5
1 ntérêts des capitaux des cautionnemens 9,000,000
Chambre des pairs 2,000,000
CViambre des députés 800,000
Légion-d'Honneur 3,Goo,ooo
Bureau de commerce et des colonies 125,000
Cour des compte- i,2j6,3oo
Administration des monnaies ( y compris 422,3-0 fr. pour frais de refonte d'an- ciennes espèces ) C)56,3oo
Cadastre 5,ooo,ooo
Frais de service et de négociations (y compris les intérêts de la dette doltante ).. . . 11,200,000
Total 3-3,4i>i,xf(f>
IIo SERVICES MINISTÉRIELS.
.Justice ( y compris 3,4oa,ooo fr. pour frais de justice) I9i49' t^'-^i
Affaires étrangères. 9,000,000
/ Clergé : 32,6'-5,ooo | ■ufta '
I Instruction publique.. 4iO'''5i°°o j ' 73,000
Affaires ecclésiast. / (y compris 2,i'^5,ooo fr. de dépenses acquittées
I sur les fonds du budjet du conseil royal de
' l'instruction publique. )
Administration centrale et dépenses secrètes de police
générale = 3,?84,ooo ^
I Cultes non catholiques 676,400
, • / Services divers d'utilité publique to,2D3,ooo L
"'^ Ponts et chaussées et travaux publics (y ), loi^SCi^fi-^S
compris 6,000,000 pour I fonds prêtés par les Compaq Dépenses départementales
ir les intérêts de I
pa^nies de canaux) 4o,594,2'-.t | es 47i':47iOoo/
A rep.iiter 1(37,831,609 373,401,19'»
>4
APEUÇU DE LA SITUATION FINANCIERE
tique, dans les frais de la liste civile et des pensions, qui s'élèvent ensemble à i ,4oo,ooo 1. st. (35, 000,000 fr.)^ mais
( Il ors tic ligne ?-3,4oi,iq6
Rep<^'^\ en ligne 167,831,609
Guerre 106,000,000 \
Marine S", 000,000 \ ^26yS'^5^'iog
Finance» ( service administratif) 6,043,700 |
IIIo FRAIS D'ADMINISTRATION, DE PERCEPTION ET D'EXPLOITATION DES IMPOTS ( y compris 18 millions pour achat de tabacs indigènes et exoti- que> , pour rembour.«enient du prix de fabrication des poudres à feu livrées à la consommation , et pour acbats de papiers à timbres ) ii9,n8(J,ooo
savoir:
Enregistrement et domaines 1 1,010,000
Forêts 3,^oo,coo
Douanes 23,35o,ooo
Contributions indirectes 4^<^°^i"0°
Poste 12,870,000
Loterie 4,210,000
Contributions directes l6,o35,ooo
Taxations sur coupes de bois et receltes diverses. 100,000
Total égal 110,086,000
IVo REMBOURStMENS ET RESTITUTIONS.
Fonds de non valeurs et de réimpositions sur limpôt direct 6,000,000 \
Restitutions de sommes indûment reçues sur les produits indirects. . 2,5oo,ooo/
Restitutions de produits d'amendes, saisies et confiscations attribuées. 4,000,000 > 23,700,000
Primes à l'exportation des marchandises C),8oo,ooo l
Escompte sur le droit de consommation du sel 1,400,000 /
Total des dépenses classées dans le budjet des ministres et acquittées
sur leurs ordonnances .... <)43i56a,5o5
Vo DÉPENSES DES COMMUNES.
Sur le produit de centimes additionnels imposés aux quatre contri- butions directes 18,000,000 )
Sur le produit des ventes de bois communaux 18,000,000 > too, 000,000
Sur le produit des octrois et revenus des villes , environ 64,000,000 j
Total général des dépenses du royaume i,o43,562,5o5
Nous pensons qu''on ne peut pas évaluer à moins de deux milliards de fr. les dépenses publi- ques de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. En eflet , il faut ajouter aux quinze cents millions da badjet de l'état : 1° i5o,ooo,ooo fr. pour la taxe des pauvres ; a» le montant des dîmes perçues par le clergé anglican qui ne touche rien sur les fonds de l'échiquier ; 3° les dépenses des communes et des comtés , et environ 137,000,000 fr pour l'amortissement annuel de la dette. Mais l'Angleterre, avec son immense commerce et sa puissante industrie, a bien plus de res- «3urces que nons ne pourrions en avoir, pour supporter ces charges. D'ailleurs , au moyen des taxes qu'elle acquitte , tous les services publics soat convenablement assurés. Il n'en est pas de même en France. 11 faudrait tous les ans dix-huit millions de plus , qu'on ne peut pas trouver sur un budjet d'un milliard , pour l'entretini de nos routes si cet état de choses se prolonge , il ne sera pas nécessaire de passer la charrue 5ur ces grandes voies de la civilisation, pour les lui fermer. S,
DE LA GRANDE-BRETAGNE. I 5
il serait absurde de croire que cela aurait aucune influence sur la situation financière du pays. On ne pourrait faire d'économies considérables que sur les dépenses de l'armée , de l'artillerie et de la marine ou dans les dépenses diverses, et encore il s'en faut bien que ces réductions puissent être telles qu'on l'imagine. Il y a peu de choses à économiser sur les frais de perceptions. Les traitemens des employés de la douane et de l'accise sont fort modérés; dans les douanes d'Ecosse, on épargnerait quelques milliers de liv. st. , en congédiant un certain nombre d'employés supérieurs qui sont fort inutiles-, mais c'est là tout.
Une diminution considérable pourrait certainement être effectuée dans les dépenses de l'armée , qui s'élèvent, par an , à plus de huit millions st. ( 200,000,000 fr. ). Mais, sui- vant nous, celte réduction doit plutôt se faire, en retirant nos troupes de quelques-unes de nos colonies qu'il convient d'abandonner, qu'en licenciant une partie des corps qui forment maintenant notre établissement de paix. Il est au moins douteux que la force numérique de notre armée soit plus grande qu'elle ne doit l'être. Dans les circonstances particulières où se trouve l'Angleterre , avec une immense population d'ouvriers réunis en grandes masses, et dont une crise commerciale arrêterait tout-à-coup les travaux, il est indispensable, pour le maintien de la paix intérieure, et la sécurité des propriétés, d'avoir une armée capable d'intimi- der les masses populaires. Si un corps de troupes n'eût pas été rapidement porté dans le comté de Lancastre, à l'époque des émeutes de 1826, on ne peut dire tous les désordres qui auraient eu lieu, et toutes les propriétés qui eussent été détruites. On a prétendu que, sous le rapport de la tranquillité publique, Xajeojnajirj (i) po'irrait être avan-
(i) iNlilice provinciale composée de propriétaires , et que traduit assez exactement notre expression de garde nationale.
j(] APERÇU DE LA SITUATION FINÀKCIEHE
tageusement subslituée à la Iroupe de ligne, et qu'il en résulterait beaucoup d'économie^ mais ce projet donne matière aux plus graves objections. Un soldat bien disci- pliné est certainement une meilleure garantie pour la paix publique, qu'un jeoman. Le premier fait ce qu'on lui prescrit et pas davantage ^ il n'est ni wbig , ni tory , ni radical; il n'a point de parti politique à satisfaire, ni d'hé- résies religieuses à venger Un jeoman, au contraire, est plus qu'un demi-citoyen-, et, comme tel, il est in- fluencé par tous les préjugés de la caste et du district aux- quels il appartient. Quand un corps de ce genre est em- ployé à réprimer des troubles , la société est divisée en classes distinctes, et elle présente l'odieux spectacle de voisins et de parens opposés les uns aux autres : les anti- pathies réciproques s'exaspèrent par l'emploi des milices de ce genre, et sont souvent poussées au plus haut point d'animosité. Un des premiers actes de lord Cornwallis, lorsqu'il prit les rênes du gouvernement d'Irlande . pen- dant la rébellion , fut de séparer la garde nationale des troupes de ligne , et de la faire rentrer dans ses quartiers. Quiconque connaît l'histoire de cette époque calamiteuse reconnaîtra que c'était la mesure la plus sage qu'on pût prendre, et que c'est elle qui a mis un terme aux horreurs de la guerre civile la plus barbare dont les annales de l'his- toire moderne se soient souillées. Si les troupes régulières eussent seules été employées à Manchester, le i6août 1819, il est probable que beaucoup de vies auraient été épar- gnées ; et, dans tous les cas, il y aurait eu moins de haines et d'irritation. Nous croyons donc que, tant sous le rapport de l'économie , que sous celui de la sécurité intérieure, il serait bon de licencier le plus grand nombre de corps de yeomaiiiy, et qu'il faut bien se garder surtout d'en ac- croître le nombre aux dépens de la troupe de ligne. Quant à la solde des états-majors et des soldats de l'armée régulière,
DE LA GllANDE-BRETAGNE. l'J
elle n'est que suffisante , et par conséquent elle ne peut subir aucune réduction.
Nous croyons qu'il ne serait pas plus facile de faire des économies sur le ministère de la marine , et que les dépenses ont été portées au taux le plus bas. Le maintien de notre odieux mode de recrutement est le grand vice de l'ad- ministration de la marine britannique. Mais il est absurde de déclamer contre la presse, et, en même tems, contre la conservation d'une force navale considérable pendant la paix. Si nos matelots n'étaient pas conservés, il est clair que dès que les hostilités recommenceraient, il faudrait encore recourir à ^infâme expédient de la presse. On assure qu'on pourrait introduire dans les chantiers un sys- tème plus économique , qui permettrait de solder dix mille hommes de plus . sans augmenter beaucoup les frais du département de la marine.
Quant aux économies à effectuer dans l'artillerie et dans quelques autres services , nous ne sommes pas en mesure d'indiquer en quoi elles devraient consister. Il y en a sans doute de possibles, mais nous ne croyons pas qu'elles soient importantes.
En estimant à deux ou trois millions sterlings ( 5o ou ^5,000,000 fr. ) la somme totale des économies qui peu- vent être faites, nous pensons que nous serons plutôt au-delà qu'en deçà de la vérité. Quoique assurément des réductions qui s'élèveraient à cette somme seraient loin d'être sans utilité sous le point de vue économique , sur- tout si on supprimait quelques-unes des taxes les plus op- pressives et les plus vexatoires, elles seraient bien loin ce- pendant d'être suffisantes pour qu'il en résultat le plus léger accroissement dans le taux des profits. Notre intention n'est pas d'exagérer les (îmbarras du pays; nous reconnais- sons au contraire qu'il est facile de les faire cesser par de
XVI. 2
l8 APERÇU DE LA SITUATION FINANCIERE
sages lois et une administration éclairée , et que le corps politique n'est atteint d'aucun mal incurable-, mais nous croyons, en même tems, qu'il importe de détromper celte portion du public qui suppose qu'on peut essentiellement diminuer les cbarges de la nation par des économies : c'est cette persuasion quiempécbe de chercher les remèdes là seulement où il est possible de les découvrir.
Le fait est que le fardeau qui pèse sur la nation n'est point le résultat de notre établissement de paix , mais d'un mauvais système commercial, et de Vénormilé de la dette publique. Il ne serait pas difficile de faire voir que les charges qui nous sont imposées , no' dans le but de faire prévaloir quelqu'intérét national, mais seulement afin de favoriser les monopoles les plus oppressifs qui aient ja- mais existé , sont très-certainement beaucoup plus consi- dérables que la totalité des dépenses de tous les services publics, si on en exclut les intérêts de la dette nationale. C'est à l'abolition de ces monopoles que doit tendre sans cesse un ministère éclairé , qui désire sincèrement le bien général, et qui veut fortifier les bases de sa prospérité et de sa puissance. Tous les autres objets de politique inté- rieure sont , à côté de cela , d'un intérêt tout-à-fait secon- daire. Si cependant la destruction totale de ces monopoles n'était pas suffisante pour faire cesser tous nos maux, il dépondrait du gouvernement de compléter notre guérison , en payant une partie de la dette , de donner de cette ma- nière une nouvelle et puissante impulsion à notre indus- trie , et d'augmenter prodigieusement la richesse, la force et les ressources du pays. Quand ces grandes mesures auront été prises, et que les abus qui menacent de dé- truire toute l'économie intérieure du corps politique au- ront été abolis , nous serons plus disposés à apprécier les rffoil!^ de ceux qui aspirent aux honneurs de la popula-
DE LA GTIA]SDE-BRETAG>E. IC)
rite , et qui prétendent v avoir des droits , en proposant des économies sur les galons des vestes de nos hussards ou de nos chasseurs.
Dans un article précédent, sur les lois qui régissent en Angleterre le commerce des grains (i) , nous avons fait voir que les différentes espèces de céréales , consommées annuellement dans la Grande-Bretagne et en Irlande, s'élevaient à environ 48,000,000 de quarters j et que si les ports étaient ouverts aux grains étrangers, moyennant un droit fixe de 5 ou 6 schellings par quarter, les prix bais- seraient probablement d'environ 8 schellings. Les nom- breuses discussions qui se sont élevées à ce sujet ont prouvé que nous avions bien plutôt diminué qu'exagéré la quantité des grains consommés annuellement dans les trois royaumes.
Mais, toute modérée qu'est notre estimation, il en résulte que nos lois sur le commerce des grains imposent au consommateur une taxe de 8 sch. par quarter, ou de 19,200,000 liv. (480,000,000 fr. ) par an, pour toute la nation , ce qui équivaut presque à la totalité de l'établis- sement de paix , notre dette à part. Et ce n'est pas là encore le plus grand inconvénient de ce monopole j non-seule- ment il nous force à payer notre pain à un prix exagéré par des moyens artificiels 5 mais, ce qui est pire, cette énorme contribution ne fournit à personne d'avantages équivalens. Le principe de la concurrence ne permet point à un fermier de retirer des profits plus considérables des fonds qu'il a employés à la culture de la terre, que ceux qui placent leurs capitaux dans des entreprises industrielles ou commerciales. Une augmentation dans le prix du blé peut leur être très-avantageuse dans le cours de leur bail \
(i) Note du Tr. Voyez la traduction de cet article remarquable sur l'une des plus importantes questions de réconomle politique, dans notre i8^ numéro.
20 APERÇU DE LA SlTUATIon FlJNANClÈRE
mais quAiid il expire , le prix du fermage est accru dans une proporlion correspondante. Les propriétaires com- posent la seule classe qui relire quelque utilité des restric- tions mises au commerce des grains j il s'en faut bien , ce- pendant, qu'ils profitent de tout le montant du préjudice fait aux autres classes. Quand une taxe ordinaire est im- posée, tel, par exemple, qu'un droit sur la drèche, ceux qui reçoivent la taxe gagnent tout ce qui est perdu par ceux qui la paient. Il n'en est pas de même des restrictions que l'on a mises à l'importation des céréales. Ces restrictions font hausser les prix ^ mais seulement parce que les grains qu'on aurait obtenus à bon marché , si le commerce eût été libre, s'obtiennent à grands frais, parce qu'on est obligé de les faire venir dans un sol improductif. La portion du produit brut, qui dépasse les frais de production et les bé- néfices du fermier, forme la rente des propriétaires. Il n'y a donc qu'eux qui gagnent h. l'accroissement opéré dans cette portion du produit brut , par des voies artificielles. Il est prouvé , par les enquêtes qui se sont faites à la Chambre des Communes, en i8i4 et 1821, que, dans ce pays, les propriétaires ne reçoivent pas à titre de rente, le quart de la totalité des produits du sol -, et, dans l'hypothèse même où les ruineuses fluctuations qui s'opèrent dans le prix des grains, partout où existe le système restrictif, n'auraient pas lieu , fluctuations également préjudiciables à toutes les classes, celle des propriétaires ne recevrait encore que cinq millions sur les dix-neuf millions st. que nous coûte notre absurde législation. Le reste est perdu, sans aucun profit pour personne, de la même manière que si on le jetait dans la mer ou au feu.
Les monopoleurs agricoles peuvent diriger , contre cet exposé , leurs insipides facéties -, la seule objection raison- nable qu'on puisse y faire, c'est que les pertes auxquelles donnent lieu les lois fatales qu'ils défendent , y sont aflai-
nn LA G UAM)L:-BKET.VG?iiE. -j. l
blies. Lord Malmesbury et le comte de Lauderdaie , atta- quaient autrefois, en termes peu mesurés, la politique de Napoléon, qui avait chargé le sucre colonial d'un droit énorme , afin d'encourager l'exploitation du sucre de bette- rave. Quoi que nos législateurs héréditaires puissent pen- ser des mesures de Napoléon , elles sont moins ridicules et bien moins malfaisantes que celles qu'ils défendent avec une déplorable ténacité. Le blé est un article d'une tout autre importance que le sucre, et, par conséquent, quand on en gène le commerce, on fait beaucoup plus de mal. Nous pourrions, en transportant pour mille liv. st. de pro- duits de nos fabriques, en Russie ou en Pologne , obtenir en échange autant de blé qu'on en obtient en Angleterre pour quinze cents liv. ^ et c'est notre propre gouvernement qui s'oppose à un troc si avantageux ! Nous forçons le peuple de donner trois jours de travail ou le produit de trois jours de travail , pour la même quantité de nourriture que. sans nos lois insensées, il se procurerait en travaillant deux jours. Ce système , qui est une insulte à la raison pu- blique, en forçant l'extension des cultures , et, par suite, en élevant un peu la rente, est d'abord de quelque utilité pour les propriétaires^ mais il est clair qu'en baissant le taux des profits et en dirigeant une portion considérable de nos capitaux et de notre industrie vers un emploi peu j)roductif , il est décidément contraire à la prospérité géné- rale de la nation , et , par contre-coup , aux intérêts réels et durables des propriétaires eux-mêmes.
L'ouverture des ports, si on ne mettait sur les grains étrangers qu'une taxe correspondante aux droits imposés parmi nous sur la propriété foncière , est donc une me- sure urgente et de la plus haute importance. Nous le ré- pétons ^ elle serait plus utile cent fois à la prospérité du pays que toutes celles que la législature pourrait adopter. Malheureusement le nombre et Tinfluenre de ceux qui
22 APERÇU DE LA SITUATION FINAKCIERE
croient à tort qu'il est de leur intérêt de défendre la législation existante sont si grands , qu^à moins que les ministres ne soient fortement soutenus par la voix publi- que , ils ne pourront jamais obtenir gain de cause dans la cbambre haute. Cette affaire n'est point une affaire départi, mais un t^rand intérêt national^ elle ne peut réussir que par les efforts les plus persévérans de la géné- ralité de la population.
Le monopole dont on devrait ensuite s'occuper de faire disparaître tous les vestiges , est celui des planteurs des Antilles. Non seulement nous leur avons donné le mono- pole de notre marché contre les Brésihens et les autres planteurs étrangers, mais nous avons même imposé un droit extraordinaire de lo sch. sur les sucres importés de notre empire de l'Inde. On a évalué diversement ce que ce monopole coûtait au peuple de la Grande-Bretao-ne. Le zèle avec lequel les planteurs des Antilles le défendent prouve qu'il leur est très-avantageux, et que par consé- quent il nous est fort préjudiciable. On a prétendu que si tous les sucres étaient imposés également , nous pourrions avoir pour 4 d. ou 4 d. 1/2 , ce qui nous en coûte six au- jourd'hui. Mais dans l'hypothèse même où la différence serait seulement d'un denier par liv. , comme limportation annuelle n'est pas de moins de 38o,ooo,ooo liv. Téco- nomie serait de plus de 1,800,000 1. st. (45, 000, 000 f. ). N'est-il pas déplorable que nous consentions à supporter une charge aussi pesante , sans obtenir d'autre résultat que de mettre à même un certain nombre de planteurs et de négocians des Antilles de continuer des entreprises im- productives, et de river les chaînes de leurs esclaves que nous désirons cependant affranchir.^
Le monopole du commerce du thé dont jouit la Compa- gnie des Indes est, si cela est possible, plus funeste en- core. Celte assertion se trouve appuyée de preuves con-
DE LA GRAJNDE-DlvETAGKE. 2^
vaincaiiles dans un arlicle que nous avons publié sur le commerce de la Chine (i). Il est démontré, dans cet article, par la comparaison des prix des mêmes espèces de thé à Amsterdam , à Hambourg et à New-York , où le commerce est libre, avec ceux des thés vendus à Londres, par la Compagnie des Indes , que cet article nous coûte environ deux millions st. ( 5o, 000,000 fr. ) de plus , que si le mo- nopole n'existait pas. Cette assertion n'a jamais été dé- mentie. Elle repose sur des documens officiels qui ne com- portent aucune espèce de doutes.
Le monopole du commerce du bois de construction, que possèdent les négocians du Canada et les propriétaires de navires, coûte au moins au public , par Taccroissement du prix de ce bois , i,5oo,ooo liv. st. (87,500,000 fr. ). Il a , en même tems, l'inconvénient très-grave de nous forcer d'employer une grande quantité de bois d'une qualité in- férieure, et de nuire à une des branches les plus impor- tantes de notre commerce; celui que nous faisons avec le Nord de l'Europe.
Il y a beaucoup d'autres monopoles d'un ordre plus su- balterne ; mais si des mesures étaient adoptées , rien que pour l'abolition graduelle de ceux que nous venons d'in- diquer d'une manière spéciale , il en résulterait pour le public, indépendamment de beaucoup d'avantages acces- soires, une économie de plus de vingt-quatre millions par an (600,000,000 fr. ) dépensés en pure perte, savoir :
Economie par l'abolition des droits sur les grains ic), 200,000 liv. 6t,
Id. par l'abolition du monopole des planteurs des
Antilles 1,583,000
Id. par l'abolition du monopole sur le thé 2,000,000
A/, par l'abolition du monopole dubois de construction. i,5oo,ooo
24,283,000
(1) Voyez la traduction de cet article dans le l'-r nume'ro de notre re- cueil.
a4 APERÇU DE LA SlïUATIOr* FIKAIVCIÈRE
En déduisant de cette somme les quatre ou cinq mil- lions reçus par les propriétaires , par suite de l'accrois- sement de la renie qui résulte des restrictions sur le com- merce des grains, il reste une vingtaine de millions ster. ( 5oo,. 000,000 fr. ) , dépensés chaque année , pour mettre en culture de mauvaises terres , ou soutenir d'odieux mo- nopoles. Cette somme est beaucoup plus forte que le mon- tant de notre établissement de paix -, les trois quarts en sont détruits à pure perte, et l'autre quart est perçu par des hommes qui n'y ont aucune espèce de droits.
Si on veut absolument que les propriétaires fonciers, les planteurs des Antilles , les actionnaires de la Compa- gnie des Indes 5 et les autres classes privilégiées, soient entretenus aux dépens de la nation , ce qu'il y aurait de mieux à faire et de plus économique , serait de lever dix millions (^So, 000, 000 fr. ) de taxes, et d'en répartir le montant entre elles. Un plan comme celui-là serait plus avantageux pour ceux qui doivent recevoir la prime, en même tems qu'il épargnerait au public dix millions par an , ce qui serait au moins le quadruple de ce qu'on pour- rait obtenir par le système le plus économique de réduc- tions.
Nous avons dit plus haut que la situation présente de la Grande-Bretagne offrait beaucoup d'analogie avec celle de la Hollande , dans le milieu du siècle dernier ^ mais elle en diffère aussi sur plusieurs points très-importans. En Hol- lande, la réduction du taux des profits ne résultait pas de restrictions apportées au commerce des grains , ou de mo- nopoles concédés à des classes particulières d'individus ^ il était donc impossible d'élever ce taux par des change- mens dans la législation commerciale. Tel n'est point heu- reusement le cas où nous nous trouvons. Nos ressources ;iont bien loin d'être épuisées. Il dépend du gouvernement, en émancipant Jiolre commerce et en ouvrant les vastes
DE LA GRANDE-BRETAGNE. ^5
marchés de l'Inde et de la Chine à la libre concurrence de tous les négocians de la Grande-Bretagne , d'élever parmi nous le taux des profits , et de donner la plus puissante im- pulsion à notre industrie. Si nous descendons du haut rang où nous étions placés , c'est que nous ne savons pas tirer parti des ressources que nous avons sous la main ^ et que nous avons consenti à sacrifier le bonheur, la force et la richesse de la nation, à l'imprévoyante avarice d'un petit nombre d'individus.
Mais , dira-t-on , quoiqu'il ne soit pas douteux que l'abo- lition des différens monopoles améliorerait beaucoup la si- tuation du pays, cependant tant que nous aurons à supporter une dette annuelle de trente millions st. (y5o,ooo,ooofr.), nous serons nécessairement dans une situation désavanta- geuse vis-à-vis des nations qui n'ont point à soutenir un fardeau équivalent -, et à moins que l'on ne trouve le moyen d'en alléger le poids , nous ne cesserons pas de languir et de déchoir. Dans l'hvpothèse même où cette assertion serait fondée , ce ne serait pas une raison suffi- sante pour ne pas essaver , par tous les moyens dont nous pouvons disposer , de nous dégager des mille entraves du monopole. Plus les charges qui nous sont légitimement imposées sont grandes, plus il importe de nous débarrasser des autres. Nous sommes intimement convaincus que si notre industrie était tout-à-fait libre, et que nos divers moyens de production pussent se développer sans con- trainte , les classes industrieuses acquitteraient sans em- barras les taxes nécessaires pour payer l'établissement de paix, y compris les arrérages de la dette.
Dans le cas même où il n'en serait pas ainsi, notre si- tuation serait bien loin encore d'être désespérée, car le gouvernement pourrait éteindre une partie de la dette na- tionale. Assurément, ce n'est pas par l'impuissante et dis-
26 APERÇU DE LA SITUATION FINAlVClkRE
pendieuse jonglerie du fonds d'amortissement (i), que cette grande mesure s'effectuerait. Nous ne supposerons pas non plus qu'il existe jamais des ministres assez immoraux pour proposer de diminuer la dette publique, en modifiant ar- bitrairement les engagemens consentis avec les créan- ciers de l'état, quelque onéreux qu'ils puissent être. Nous allons faire voir , aussi succinctement que cela nous sera possible, qu'il dépend de nous de payer bondfide la tota- lité ou une partie du capital de la dette publique, et par suite de réduire, dans une proportion correspondante, les taxes énormes destinées à en solder les intérêts.
Des projets divers ont été proposés, à différentes époques, pour rembourser immédiatement la dette fondée^ mais ces projets étaient ou indignes d'attention, ou des banqueroutes déguisées. Le plan de M. Arcbibald Hutcbeson ^ membre éclairé et patriote du Parlement , sous George P"", est d'une tout autre nature -, et de nos jours il a été fortement recommandé par M. Ricardo. M. Hutcbeson proposait de nous libérer en imposant tous les capitaux du pays. D'après le plan qu'il avait soumis à la Chambre des Communes , on aurait d'abord annulé lo p. Yo du principal de la dette fondée , et en même tems on aurait imposé tous les capi- taux du pays, également à lo p. "/o? afin d'en rembourser le reste. Les lo p. °/o de réduction sur le principal re- présentaient la part pour laquelle les rentiers de l'étal de- vaient concourir dans cette grande opération.
Sans contredit, si on voulait la tenter aujourd'hui, il faudrait une contribution beaucoup plus forte que celle proposée par M. Hutcbeson. Le principal de la dette fon- dée s'élève à environ 760 millions st. (19,000,000,000 fr.),
(1) Voyez , dans notre 2« niimcro , pn{^. 2.>( et suivantes, l'étrange illu' sion sur I;u|uclle repose tout le syslcmc de ramortissement.
DE LA GRANDE-BRETAGNE. 2^
et dans l'hypolhèse où la contribution sur les capitaux se- rait de 24 P* Voî il faudrait, pour Textinction de la totalité de la dette, 5^8 millions st. (i4,450î00o,ooo fr. ). Mais si on voulait seulement , déduction faite de la part des ren- tiers, rembourser la moitié des rentes , ou 289 millions st., il est hors de doute que nous pourrions y parvenir. Nous ne nous dissimulons pas les nombreuses difficultés qui en- traveraient Texécution de cette mesure , et les sacrifices immédiats qui seraient indispensables ^ mais ces sacrifices momentanés seraient peu de chose à côté des avantages permanens que Ton obtiendrait par l'extinction d'une por- tion aussi notable des créances de l'état-, et, quant aux difficultés, une administration ferme, prudente et habile parviendrait à les vaincre.
Quoiqu'il ne faille pas accorder une foi implicite à l'arithmétique politique, nous avons des données suffisantes pour être convaincus qu'un prélèvement de 12 p. "/„ sur les capitaux du pays suffirait pour éteindre la moitié de la dette. En 1790, M. Pitt estimait le revenu taxable de la Grande-Bretagne , sans v comprendre celui provenant des intérêts de la dette publique, de l'exercice d'une profession ou despossessionsétrangères, àio6millions(2,65o,ooo,ooof.), qui, au denier vingt, équivaudrait à un capital de 2 milliards 120 raillions (53,000,000,000 f. ). Il n'y a aucune raison de croire que cette estimation soit exagérée. M. Beeke, dans son excellent écrit sur la taxe imposée sur les revenus, estimait la totalité des capitaux de la Grande-Bretagne, apparte- nant à des particuliers, à 2 milliards (5o, 000, 000,000 fr.). Aucune de ces estimations ne comprend l'Irlande^ cepen- dant comme toutes les parties de l'empire profiteraient de cette grande mesure, il est juste que chacune d'elles prenne part à son exécution. Nous n'avons aucune donnée cer- taine sur la valeur du capital de l'Irlande 5 mais en l'esti- mant au sixième de celui de la Grande-Bretagne , ou à
Ii8 APERÇU DE LA SITUATIOIV FINANCIERE
333 millions St. (8,325,ooo,ooof'r. ), ce calcul donnerait 2,333 millions st. (58, 325, 000,000 fr. ) pour la totalité des capitaux de l'empire, estimation inférieure de 3oo mil- lions st. à celle de M. Colquhoun.
Le capital de la nation étant évalué à 2 milliards 333 millions st. , et nous sommes convaincus que cette évalua- tion est au-dessous de la réalité , il est clair qu'un prélève- ment de 12 p, Yo suffirait pour le rachat de la moitié de la dette. Si l'on se rappelle que le revenu net , indépendam- ment du produit des emprunts payés au trésor , pendant les trois dernières années de la guerre , montait à 225 mil- lions (5,625,000,000 fr. ), on se convaincra qu'il est en notre pouvoir, en faisant quelques efforts, d'éteindre, si ce n'est la totalité, au moins la moitié de la dette fondée.
Il est évident que cette mesure ne serait préjudiciable à personne. Un capitaliste qui a une fortune de 10,000 liv.^ produisant un revenu annuel de 5oo, sur lesquelles il est peut-être forcé de faire un prélèvement de 100 liv. pour l'intérêt de la dette , ne possède parle fait que 8,000 liv. ^ et dans la supposition la plus favorable aux adversaires du projet que nous examinons, sa fortune serait précisément la même, soit qu'il continuât à payer 100 liV. par an, ou que , pour se libérer , il fît un seul paiement de 2,000 liv. Dans le fait, cependant, il gagnerait beaucoup au change , par l'accroissement du taux des profits, ainsi que nous allons le faire voir.
Mais, dit-on, la répartition ne pourra pas être faite avec égalité. Tandis que les propriétaires fonciers et les autres possesseurs d'immeubles paieront tout ce qu'ils devront payer , les capitalistes , les fabricans et les négocians se soustrairont sans peine à une partie de la contribution. On ne saurait nier que cette observation ne soit fondée jusqu'à un certain point j mais elle est applicable à toutes les taxes ; aucune ne frappe également les diverses classes, et il y en
DE LA GTlA^'DE-BPiETAGNE. Iq
a toujours quelques-unes d'atteintes dans une proportion plus forte que les autres. Les avantages qui résultent de l'établissement d'un gouvernement, etla nécessité d'établir des taxes pour en payer l'intérêt, sont reconnus par tout le monde, comme une compensation suffisante des petites inégalités du meilleur système de contributions. On doit tout faire pour rendre la répartition aussi équitable que possible -, et les inégalités qui existeront encore après tous ces efforts ne compenseront pas plus les avantages de cette opération que celles de nos taxes ordinaires ne compen- sent les bienfaits de Tinslitulion d'un gouvernement, et de la sécurité qui en résulte pour les propriétés et pour les personnes. Dans les dernières années de la guerre, la taxe sur les revenus avait été répartie avec beaucoup d'équité. Il ne serait pas plus difficile de répartir de la même ma- nière celle sur les capitaux.
En supposant que tous les capitaux pussent être également taxés, peut-être dira-t-on encore avec M. Hume, dans ses Observations sur le plan de M. Hutclieson, que les classes laborieuses et ceux qui exercent des professions libérales paient une portion considérable des taxes , et qu'il serait oppressif et injuste d'imposer , sur les capitalistes, tout le fardeau de la dette , tandis qu'aujourd'hui ils n'en sup- portent qu'une partie. Mais cette objection n'est que spé- cieuse -, car les taxes doivent , à la longue , élever les salaires dans la même proportion qu'elles élèvent le prix des ar- ticles consommés habituellement par les classes ouvrières^
Le prix des choses nécessaires à la vie n'est, au fond , que celui du travail productif : on ne peut se les procurer que quand on consent à en payer le montant. Quoiqu'il s'écoule un période plus ou moins long, selon la diversité des circonstances où se trouve le pays, avant que les sa- laires et les prix prennent leur équilibre , cet équilibre finit toujours cependant par avoir lieu. iMais quand les salaires
3o APERÇU DE LA SITUATION FINAKCIÈRE
s'élèvent par suite d'un accroissement clans les taxes, cette hausse doit produire une réduction équivalente dans les profils des capitalistes ou des propriétaires^ c'est une règle économique à laquelle ils ne sauraient se soustraire : tandis qu'au contraire quand les salaires tombent par suite de la réduction des taxes, il en résulte une addition équivalente dans le revenu des capitalistes. Ceux-ci n'aaraient donc pas droit de se plaindre de ce qu'ils seraient seuls chargés du remboursement du principal de la dette , dont l'intérêt est maintenant payé en partie par les classes ouvrières -, car l'avantage qui paraît résulter pour eux de cette parti- cipation des ouvriers dans le paiement des intérêts n'est qu'apparent, puisqu'ils ne l'obtiennent que par une dimi- nution correspondante dans le taux de leurs profits. Dans tous les pays anciens et très-peuplés, les salaires ne sont pas assez élevés pour que le prolétaire contribue efficace- ment à payer les dépenses de l'état. Quand une taxe a été établie, elle peut, pendant un certain tems , peser d'une manière incommode sur les classes inférieures ; mais un pareil état de choses ne saurait être durable. L'élévation des salaires est rarement, et peut-être même jamais, l'é- quivalent tout-à-fait exact d'une hausse dans le prix des choses nécessaires à la vie -, mais ils ont une tendance con- stante à se rapprocher, et, à la fin d'un certain nombre d'années, il doit toujours s'établir une balance à peu près juste.
On observe que si une masse aussi considérable d'im- meubles était tout-à-coup mise en vente , il en résulterait une grande perte pour les vendeurs. Un instant de ré- flexion suffira pour faire voir que cette objection est peu fondée. Le nombre des acheteurs et des prêteurs s'accroî- trait dans la même proportion que celui des vendeurs et des emprunteurs. Les créanciers de l'élat qui seraient rem- boursés auraient besoin de nouveaux placemens pour
DE LA GRANDE-BRETAGNE. 3l
leurs fonds, et seraient très-empressés de les prêter aux propriétaires fonciers, aux fabricans, etc. Ceux-ci, au lieu de vendre leurs propriétés pour payer leur quote-part dans le prélèvement , pourraient donc se contenter d'emprun- ter, en les doonant pour hypothèques.
Nous ne nierons pas cependant qu'à cet égard comme à d'autres, celte grande mesure n'aurait pas quelques incon- véniens. M. Fox observait avec raison, dans le débat sur le bill de suspension des paiemens en argent de la banque , « que celui qui prétend guérir tout-à-coup une maladie grave , et qui espère produire beaucoup de bien sans faire aucun mal, n'est pas l'homme qu'il faut, dans des situa- lions difficiles. )> On ne doit tenter dans de pareilles cir- constances que d'arrêter les progrès du mal, pour empê- cher qu'il ne devienne mortel , sans considérer si l'opéra- tion que l'on fait subir au malade est douloureuse.
Avant de terminer, nous conviendrons que , lorsqu'on a commencé à parler à la Chambre des Communes , dans des entretiens particuliers, du rachat de la dette suivant le mode que nous venons d'indiquer, plusieurs membres pré- tendirent que les avantages seraient loin d'en être aussi grands qu'on l'imaginait. Ceux qui soutenaient cette opinion disaient que , comme les capitalistes , qui payaient actuelle- ment des taxes pour acquitter les arrérages de la dette fon- dée, seraient obligés de transférer aux rentiers de l'état une portion correspondante de leurs biens , dans le cas où ces taxes seraient supprimées par suite du rachat de la dette, leur situation serait précisément la même qu'auparavant. Cette assertion , qui a une apparence de vérité , est cepen- dant tout-à-fait inexacte. Supposons que cette mesure soit maintenant mise à exécution, et qu'on rachète moitié de la dette. Dans cette hypothèse, un capital d'environ 3oo millions st. ( 7,500,000,000 fr.) sera transféré aux rentiers de l'état , et environ i5 millions st. (875,000,000 fr. ) de
32 AVERÇU DE LA. SITUATION FINAKCIÈRE , ETC.
taxes seront abolis. On voit du premier coup d'œil que personne ne perdra à cette opération ; mais il n'est pas aussi clair que personne ne doive y gagner. En abolissant quinze millions de taxes , on opérera une réduction consi- dérable dans le prix de beaucoup de marchandises , et par conséquent la vie deviendra moins chère, le taux des pro- fits s'élèvera immédiatement, et les capitaux cesseront de s'écouler au dehors^ le commerce du pays prendra de l'extension , et un stimulant énergique sera donné à toutes les branches de l'industrie. L'esprit d'économie, cet esprit qui crée les capitaux, et qui, par conséquent, est la base de la prospérité publique, se répandra dans toutes les classes , quand elles connaîtront la part qu'elles doivent prendre au rachat de la dette. Chacun sera empressé de combler la brèche faite à sa fortune par cette opération. Si elle est combinée avec la révocation des taxes indirectes des monopoles, il n'est pas douteux que la portion du ca- pital des particuliers absorbée par le rachat de la moitié de la dette sera reconstituée par l'activité et l'économie des différentes classes , au bout d'un très-petit nombre d'an- nées.
( Edinhurgh Review. )
ANALOGIES
DES MOEURS RUSSES ET DES MOEURS TARTARES.
Il est bien difficile, impossible peut-être , qu'un peuple civilisé ne soit point redevable à ses voisins d'une partie de ses connaissances, de ses arts, de ses habitudes 5 que, seul, et par ses propres forces, il ait acquis tout ce qu'il possède 5 qu'il n'ait eu besoin d'aucun secours pour devenir ce qu'il est. Le plus souvent, Tbistoire découvre l'origine de ses progrès : quelquefois aussi, les indications qu'elle donne ne suffisent point , et l'investigateur est réduit à des con- jectures. Il croit être mis sur la voie par des vestiges pres- que effacés et méconnaissables 5 plein de confiance dans ses méthodes d'examen , de critique et d'induction , il s'avance hardiment et ne s'égare pas toujours.
La comparaison des langues peut être un moyen de dé- couvertes historiques (i) , mais elle ne suffit pas pour les constater. Ainsi, par exemple, on sait à quelle époque des relations importantes furent établies entre les Grecs et les Russes : des échanges mutuels eurent certainement lieu chacun des deux peuples avait quelque chose à donner à l'autre. Les Russes, suivant leur usage, reçurent à la fois les choses et les noms; les Grecs, au contraire, prirent dans leur propre langue le nom des choses qu'ils tiraient de la Russie. Ce fut ainsi que des mots grecs purent passer dans la langue russe, sans réciprocité. Mais que penser de
(i) Note du Tr. M. Balbl , que nous avons eu occasion de citer plusieurs fois dans notre recueil, a entrepris, dans son Atlas Ethnographique du Globe, de classer les divers peuples et de remonter à leur orio^ine , au moyen des diPfe'rentes langues qu'ils parlent. C'est un ouvrage d'un savoir prodigieux, rempli de recherches fort curieuses.
x\'i. 5
3| AJNALOGIES DES MOKrRS UL'SSES
quelques analogies entre les deux longues dont l'origine est certainement beaucoup plus ancienne? Ce n'est pas des (irecs que les Russes ont appris la fabrication du vinaigre détestable qu'ils nomment ouxous. Des plantes usuelles pro- pres aux contrées froides (le cresson , le raifort et le sapin), portent, dans les deux langues, des noms si peu différens qu'ils dérivent évidemment de racines communes. Ces fai- bles indices n'autorisent point cependant à penser que les Tlusses modernes et les anciens Pelasses ont eu le même berceau. Les décisions des antiquaires sont parfois aussi aventureuses que celles des médecins.
Les peuples n'agissent que faiblement les uns sur les autres par les simples relations de voisinage, d'amitié et de commerce^ les guerres, quel qu'en soit le résultat^ exercent plus d'influence, et, quant à la conquête, on ne doute nullement que le vaincu ne subisse de toutes ma- nières l'ascendant du vainqueur. Ainsi , lorsque les Mos- covites furent soumis aux Tatars (i), ils ne purent se dis- penser d'apprendre la langue du peuple dominateur, de se conformer à ses habitudes, et d'en adopter quelques- unes. Cependant, le vainqueur n'avait changé ni les lois ni le gouvernement du pays conquis -, mais les babilans de ce pays avaient du goût pour les mœurs orientales j on n'eut pas de peine à leur faire suivre les usages que leurs opi- nions nationales et leur religion ne contrariaient pas.
Les tzars imitaient le luxe et observaient le cérémonial des despotes de l'Asie. Les ambassadeurs devaient se pros- terner aux pieds de leur trône, et cet ancien usage est en- core rappelé aujourd'hui par la phrase russe : Biouchalomi, (( Je frappe (la terre) avec mon front. )) Le souverain faisait revêtir de robes de soie ou de pelisses les personnes qu'il
(i) Note du Tr. Dans un numéro prëccJent, nous avons déjà dit que le mot de Tatars, et non le sobriquet de Tartars , était le véritable ncm des populations qui occupent les grands plateaux du nord de l'As c.
ET DES .MOEURS TAKTARES. 3:)
voulait honorer. Lorsque le cosaque Irmak, conquérant de la Sibérie , fut présenté au tzar dont il avait étendu l'em- pire jusqu'à Tocéan oriental, le monarque ôla sa pelisse, et, en présence de toute sa cour, il la mit sur les épaules du héros, xiujourd'hui même, quand Tempereur de Russie veut récompenser, par un témoignage de sa faveur, un marchand ou un homme du peuple, il lui fait présent d'un caftan (i) orné de dentelle d'or.
Les tzars adoptèrent aussi d'autres usages dont les mo- narques d'Asie leur donnaient l'exemple : ils devinrent presque inaccessibles , ne parurent que très-rarement en public pour quelques cérémonies ou dans des circonstances extraordinaires. Les troupes étaient alors sous les armes-, on faisait évacuer les rues par lesquelles le souverain de- vait passer, et, s'il était à cheval , des grands de la cour lui tenaient les étriers. Ce fut probablement à cette époque que leurs sujets commencèrent à leur donner le titre de bieli tzars (^{zdiVS blancs), dénomination sous laquelle ils sont connus à la Chine, et qui est la traduction du mot ah-padischa, par lequel les Tatars désignent les empereurs de Russie.
Les usages asiatiques, introduits à la cour et dans la no- blesse , influèrent sur le sort des femmes : elles furent soustraites aux regards de tous les hommes, à l'exception de leurs pères, de leurs frères et de leurs époux. Vers la fin du quinzième siècle, un ambassadeur de Frédéric III empereur d'Allemagne , chargé de négocier le mariage des filles du grand-duc de R.ussie avec des princes auxquels Tempereur désirait qu'elles fussent unies, ne put obtenir de voir les princesses : le respect pour les usages l'emporta sur toutes les considérations politiques. Toute la Rus- sie parut transformée en une province talare^ on ne voyait presque plus nulle part, ni les habillemens, ni les mœurs
(i) Habit national Jes Puisses.
3G A>VLOGIES DES INUMÙL US RISSES
russes. Sons un gouvernement despotique , le maîlre pousse quelquefois très-loin la rigueur de ses ordres : Ivan le Terrible défendit expressément de se raser les moustaches, de s'habiller à Tallemande ou à la polonaise. Michel Féo- dorovilz fut d'un avis opposé^ il fit quitter les habillemens tatars et reprendre le costume des anciens Russes, sem- hlable à celui des Polonais; et, plus tard, le tzar Pierre faisait raser les tètes de ceux qui ne faisaient pas raser leurs barbes.
Il est très-probable que Tusage des chapeaux a passé d'Asie en Europe par le trajet le plus long qu'il pût faire dans l'ancien continent. Parti de la Chine , et peut-être même du Japon , il dut faire un assez long séjour dans la JMongolie pour se répandre chez tous les peuples d'origine tatare, arriver chez les Piusses, et, de là, s'établir, de proche en proche, dans toute l'Europe occidentale. Sa marche fut quelquefois irrégulière; on le vit en Espagne, avant qu'il fit son entrée en France, au quatorzième siècle. Quoi qu'il en soit, aucune mode ne fit jamais une aussi haute fortune. Aujourd'hui , les peuples de l'Asie ont presque tous abandonné le chapeau pour le turban. 11 n'y a plus guère que les habitans de l'Europe qui en portent. Pendant l'expédition d'Egypte, les populations arabes de cette contrée ne pouvaient comprendre pourquoi les An- glais et les Français se faisaient la guerre. Ils supposaient que, comme ils portaient également des chapeaux, ils ap- partenaient à la même nation.
Les mœurs tatares furent si bien enracinées dans le sol de la Russie, que la religion même en sentit les atteintes ; des pratiques musulmanes se mêlèrent à celles du christia- nisme. Il fallut convoquer des synodes pour débarrasser la religion de ce mélange, et la rendre à sa pureté primitive.
En i55i, il fut défendu à tout chrétien, sans en excepter les princes , d'entrer dans une église avec le turban sur la
F.T DES MOtlUnS TARTALES. 3^
lèle. On tint si peu de compte de celte ordonnance, que le métropolitain Philippe, dans un transport de zèle, osa réprimander Ivan le Terrible lui-même , qu'il vit dans le temple, au milieu de ses gardes, coiffés , ainsi que lui- même , d'un Jiaut bonnet latar : « Tzar, lui dit le pontife, je ne puis reconnaître un monarque orthodoxe sous un pareil accoutrement. »
On dit que l'institution des gardes de nuit fut introduite en Russie par les Tatars. Ils importèrent aussi l'usage des chevaux de frise pour clôtures à l'entrée des villes, dans les rues et autour des édifices. Les habahs (cabarets ) d'au- jourd'hui furent originairement des caravanseraïs où les voyageurs étaient reçus comme dans ceux de TiVsie -, main- tenant, ils ne servent plus qu'au débit de Veau-de-vie dont le gouvernement s'est attribué le monopole. En Po- logne, ces kabaks sont en général affermés à des juifs par les seigneurs ou propriétaires de teri'^s.
On prétend aussi que les Tatars ont instruit les Russes dans l'art des supplices : cette sorte d'enseignement n'est pas nécessaire, sous un gouvernement despotique: les in- venteurs de cruautés n'y manqueront jamais, lorsque le maître en demandera.
Quant à Tart militaire, à l'organisation des troupes et à la discipline, on ne peut pas dire maintenant que les Pvusses aient rien conservé de ce qu'ils ont pu recevoir des Tatars. Leurs troupes irrégulières sont ce qu'elles doivent être, en raison des habitudes et du genre de vie des hommes qui les composent , et , depuis les Scvlhes de l'antiquité , jusqu'aux Kirguis de notre tems , ces cavaliers nomades durent être organisés à peu près comme ils le sont aujourd'hui.
On accordera volontiers que les Pvusses ont reçu d'un peuple asiatique la machine arithmétique très-simple avec laquelle ils font leurs calculs. Un écrivain hollandais rap-
38 A>ALOGlES DES AÎOEURS RUSSES, ETC.
porte que celle invention clàîioise s'introduisit en Russie dans le seizième siècle, par l'entremise d'un marchand si- bérien.
La langue russe a reçu et conserve un grand nombre de mots asiatiques dont le sens n'est altéré en aucune manière. Profilons de cette occasion pour avertir nos architectes d'une erreur dans laquelle ils tombent généralement. Ils regardent les lazarets comme des maisons de sûreté, et ils en font de véritables prisons : en Asie et chez les Russes , ce sont des maisons de santé, des infirmeries, et cette ma- nière de les considérer indique les principales convenances auxquelles l'architecture doit satisfaire, sans négliger les précautions nécessaires contre l'irruption des maladies
contagieuses.
Mais un fait très-digne de l'attention des philosophes , c'est que , dans les actions et réactions qu'exercèrent l'un sur l'autre deux peuples tour à tour conquérans et subju- gués , dont l'un était chrétien et l'autre musulman , le vic- torieux ne fut jamais persécuteur. Il ne serait pas facile de trouver, dans l'histoire , un autre exemple de cette modé- ration j elle tient sans doute à des causes particulières, que des recherches approfondies pourraient faire découvrir.
Le parallèle entre les Russes et leurs voisins de l'Asie a été poussé plus loin : on a trouvé de l'analogie entre les littératures des deux nations, et, par conséquent, entre les goûts des deux publics. Les Russes , a-t-on dit, aiment les contes comme les Orientaux-, leurs annales même ont un grand luxe de style. Sur ces deux points, les diffé- rentes nations se rapprochent beaucoup des Asiatiques, sans que les Tatars aient jamais eu des relations intimes avec elles. Toutes ces analogies ne prouvent que ce qu'il est fort inutile d'appuyer par des preuves ni des raisonnemens , que les hommes de tous les pays sont pourvus des mêmes facultés, susceptibles des mêmes impressions et des mêmes
AV.TILLEniE A VÂPEIR., ETC. 3^
passions ^ qu'entre les expressions diverses de ces impres- sions et de ces passions , il ne peut y avoir de différences que celles qui tiennent à l'idiome , aux images locales et au génie de récrivain , orateur ou poète. Avec un peu d'es- prit , il serait facile de faire un parallèle assez plausible entre Ossian et Virgile ou le Tasse : avec plus d'esprit en- core, on renoncerait à ces subtilités, et l'on s'occuperait d'objets plus importans. ( Asiatic Journal. )
ARTILLERIE A VAPEUR
CONFECTIONNÉE POUR LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS.
L'application de la vapeur, comme force motrice ])Our diriger les vaisseaux , est une découverte dont le com- merce seul a, jusqu'ici, recueilli les heureux résultats 5 mais il serait facile , dès ce moment , de prévoir les chan- gemens qu'elle apporterait dans la lactique moderne en cas de guerre maritime. Il n'en est pas de même de la substi- tution de la vapeur à la poudre à canon, pour donner l'im- ])ulsion aux projectiles à l'aide des ingénieuses machines construites par M. Perkins. L'attention publique avait été puissamment excitée par l'annonce des effels singuliers de cette invention, lorsque M. Perkins fit l'essai de son fusil à vapeur, en présence du duc de Wellington , de l'élat- major de l'armée, des officiers de génie et d'artillerie, en un mot de tous les hommes capables de prononcer en con- naissance de cause.
Ces expériences curent tout le succès que pouvait es-
4o ARTILLERIE A VAPEUR CONFECTIONNÉE
pérer Tliabile ingénieur américain (i)*, mais elles n'au- raient pu élre répétées souvent sans entraîner des dépenses trop fortes pour un simple parliculier^ et plusieurs sa vans émirent le vœu de les voir continuer aux frais du gouver- nement. Ce vœu n'a point été rempli, et nous avons lieu de nous en élonner. Sans partager enlièrement l'opinion de M. Perkins sur les causes de cette indifférence des membres du bureau de la guerre, nous ne pouvons nous empécber de regretter de nous voir aujourd'hui prévenus par la France, dans l'adoption de cette arme formidable, qui doit apporter des changemens qu'on ne saurait calculer dans la tactique moderne et surtout dans l'attaque et dans la défense des places, et exercer par là une si grande inQuence sur les destinées des différens peuples. Les expériences qui ont eu lieu à Greenwich, par ordre du gouvernement français, en présence des ingénieurs et des officiers envoyés par S. A. R. le duc d'Angouléme et de l'ambassadeur du roi de France près de notre cour, ont confirmé l'immense pou- voir destructif des nouvelles machines de M. Perkins, et il a été, en conséquence, chargé de construire, pour la France, une pièce d'ordonnance et un mousquet à vapeur. Cette commande , quelque peu considérable qu'elle paraisse, est un reproche pour notre gouvernement j mais comme, avant d'expédier ces machines, M. Perkins se propose d'en démontrer les effets devant une assemblée composée de nos ingénieurs et de plusieurs sa vans distingués, envoyés à cet effet par quelques puissances du continent , il faut espérer que les hommes influens de noire cabinet revien- dront de leurs préventions , et que le pays oi'i cetle inven- tion a eu lieu ne sera pas le dernier à profiter des avan- tages qu'elle présente.
La lettre que l'on va lire, adressée par M. Perkins à
(i) Note du Tr. Il eu a clé rendu compte dans la Raue Britannique. Voyes le numéro d'avril iSuG, pog. 347.
POUPt LE GOrVERKEMEKT FRAKÇAlS. 4'
rédileur du Franklin JournaK^i)^ conlieut , outre ce qui a rapport à l'artillerie à vapeur commandée parla France, quelques détails sur diverses propriétés que M. Pcrkins a reconnues dans la vapeur 5 nous les mettons également sous les yeux de nos lecteurs , sans nous rendre garans des conséquences qu'il tiie des faits rapportés.
« Je puis enfin vous annoncer que toutes mes espérances se sont réalisées, et que j'ai complètement réussi dans la construction de ma machine à vapeur à haute pression (^high pressure safet.j Steani Engine)^ qui ne présen- tera plus aucun danger. J'aurais été à même de vous trans- mettre cette nouvelle beaucoup plus tôt, si je n'avais pas rencontré ici , dans quelques personnes, une opposition plus difficile à surmonter que les obstacles produits par la nature même de mon invention, qui, cependant, je ne puis le dissimuler, se sont présentés en assez grand nombre.
» La plupart de mes amis, et parmi eux des hommes d'un grand savoir, paraissaient craindre que je n'eusse tenté une chose impossible , et assuraient que tout était à présent si bien combiné dans les machines à vapeur, qu'il n'y avait plus rien de neuf à faire à cet égard. Maintenant, c'est à vous que je le demande , et il me serait difficile de m'adres- ser à un juge plus compétent, n'est-ce pas une chose nou- velle que de produire de la vapeur à quelque degré d'élas- ticité que ce soit, du minimum au maximum , sans courir le moindre danger.^ N'est-ce pas une chose nouvelle que de substituer la pression à la surface , dans la production de la vapeur j ce que je considère comme la base de ma dé- couverte? N'est-ce pas une chose nouvelle que d'avoir une pression de 1,000 livres par pouce carré sur l'un des côtés du piston , tandis que de l'autre côté il y a un vide parfait et
(ij ÎNOTE DU Tr. Piocueil scientifique fort estimé, qui se publie à Phila- «Icljjhie. On sait que 31. Perkins est ne aux Etats-Unis.
^2 ARTILLEniE A VAPFVU COr^ TF.CTIOKIN' UlE
par conséquent point de résistance^ eîTet oblenii sans le secours d'une pompe à air, et sans employer d'autre eau que celle qui sert à produire la vapeur? N'est-ce pas une chose nouvelle que l'invention d'un piston métallique, qui n'a pas besoin d'être lubrifié, et qui, cependant, joue aussi lierméliquemcnt que le piston d'une machine pneuma- tique? JX'est-ce pas une chose nouvelle que d'avoir appli- qué les protecteurs en zinc de Sir Humphrey Davy aux ma- chines à vapeur, pour empêcher l'oxidalion , qui, par suite du non emploi de l'huile, pourrait s'établir dans les cylindres lorsque la machine ne serait pas en action ? N'esL- ce pas une chose nouvelle que de se passer de soupape et de tuvau déduction , et de n'avoir qu'une petite soupape d'induction, construite de manière à neutraliser la pres- sion , qui n'a pas besoin d'huile , et qui s'ouvre et se ferme sans le plus léger effort? N'est-ce pas une chose nouvelle que de laisser échapper la vapeur par une ouverture aao fois plus grande que le tuyau à vapeur? Voilà pourtant tout ce que j'ai fait, ainsi que notre ami Lukens (i) peut le garantir, puisqu'il a été témoin, comme moi, de toutes les expériences. Enfin , n'est-ce pas une chose nouvelle que d'avoir découvert que la vapeur peut être produite, quoiqu'en contact avec l'eau, à toutes les températures, sans produire une élasticité correspondante?
» Depuis mon séjour ici, j'ai eu à lullcr contre une opposition puissante de la part de quelques personnes dont mes découvertes blessaient les intérêts-, mais quelques-uns des hommes les plus recommandables de ce pays m'ont constamment soutenu , sans quoi j'aurais nécessairement succombé.
)) Depuis que j'ai commencé mes expériences sur la pro- duction de la vapeur avec de petites quantités d'eau sans
(i) ISOTE DU Tr. m. Lukens est , comme M. Perklns, un Ingctiîcur amé- ricain fort dlslinguc' , qui, depuis quelque Icnis, s'est établi à Londres.
porn i.i: c.orvEr.KEME]N"T Fr.\:;r.\rs.
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pression , plus d'une douzaine d'hommes à projets onl es- sayé de faire des bouilleurs Uihulaires ', mais c'est dans la manière de produire la pression que consiste la nouveauté de mon invention ; aucun d'eux n'a réussi.
^) Je suis occupé, en ce moment, à construire des ca- nons et des fusils à vapeur pour le gouvernement français. Le gouvernement anglais aurait sans doute adopté celte in- vention , sans l'influence de certains ingénieurs , qui onl déclaré que, bien qu'à l'expérience publique faite par ordre du gouvernement j'eusse paru obtenir les résultats les plus étonnans, tout cela n'était qu'illusion : que jamais je n'avais pu construire un générateur qui durât une semaine en- tière ^ enfin , que je ne pouvais maintenir la vapeur à la température nécessaire, plus de deux ou trois minutes cha- que fois. Ces assertions ont obtenu crédit d'autant plus fa- cilement , que tout perfectionnement dans Tart de la guerre, qui tend à mettre sur un pied d'égalité le fort et le faible, semble devoir être plus avantageux aux autres pays qu'à l'Angleterre.
» Le gouvernement français a consenti à essayer série"u- sement notre nouveau système. INous avons fait, à Green- wich , plusieurs expériences qui ont été suivies par des in- génieurs envoyés à cet effet par le duc d'Angouléme, en présence d'un de ses aides-de-camp et du prince de Poli- gnac -, leur rapport a été si satisfaisant , qu'un contrat a été immédiatement passé avec moi. Un ingénieur anglais de première classe, qui a souvent été chargé de travaux im- portans par son gouvernement, s'est joint à moi pour garantir quatre points sur lesquels quelques-uns de ses confrères avaient exprimé des doutes, savoir : l'absence de tout danger dans le générateur^ son indestructibilité ; la possibilité de maintenir la vapeur au degré de tempé- rature nécessaire pendant un tems indéterminé ; enfin la grande économie que présente cette nouvelle artillerie.
44 ARTILLERIE A VAPEUR CONFECTIOMS'ÉE
» La pièce d'ordonnance lancera soixante boulets de plomb, de quatre livres chacun, par minute, avec la même justesse qu'une carabine, et à une distance propor- tionnée. Au même générateur , sera attaché un mousquet pour lancer un torrent de plomb, du bastion d'un fort. Cette arme , qui décharge de cent à mille balles par minute, à la volonté de l'artilleur et aussi long-tems qu'il sera néces- saire, aura de plus l'avantage de pouvoir se transporter d'un bastion à l'autre. Le duc de Wellington a dit en ma présence qu'un pays , défendu avec une semblable artille- rie, ne pourrait jamais être envahi, et je crois celte opi- nion bien fondée.
w Aussitôt que cette machine sera terminée , elle sera l'objet d'expériences devant des ingénieurs désignés par le gouvernement anglais et plusieurs autres puissances du continent. Je n'éprouve aucune crainte sur le résultat de cette épreuve, et M. Lukens partage ma confiance. Il a vu le fusil à vapeur lancer de 5oo à i,ooo balles par minute, et cependant, pendant le même tems , la vapeur sortait en grande quantité par la soupape de sûreté ^ il pense, avec moi, que la vapeur peut être maintenue à un degré de tension suffisant pour décharger un courant continu de balles pendant un jour entier s'il était nécessaire. Quant à l'économie , je crois pouvoir avancer, sans exagération , que , si les décharges se succèdent rapidement , une livre de houille pourra lancer autant de balles que quatre livres de poudre à canon.
)) Parmi les objections que l'on a faites contre l'artillerie à vapeur, on a prétendu qu'il faudrait un tems trop long pour obtenir la vapeur à un degré de température assez élevé dans le cas d'une attaque soudaine. Je répondrai à cela qu'il suffit d'un feu très-peu intense pour maintenir les générateurs au degré de température nécessaire , lors- qu'ils ne sont pas remplis d'eau, et r^u'ainsi on peut les
pour. LE GOUVEUNEMEIÎT FnAZS'ÇAlS. 4'^
conserver, à peu de frais, en cet élat, dès que Ton a la moindre crainte d'une attaque. La chaleur ainsi commu- niquée au géjiéj'ateur durer?i\\. assez long-tems pour donner de la vapeur, jusqu'à ce que le feu fut augmenté au point de fournir à une émission continue de vapeur.
)) Pour l'artillerie de marine , l'objection tombe d'elle- même, puisque la vapeur de la machine qui donne le mou- vement au navire doit être toujours à un degré de tempé- rature fort élevé. Lord Exmouth , après avoir vu lancer plusieurs décharges de plomb, s'est assuré qu'un tems vien- drait où un bateau à vapeur, avec deux canons à vapeur sur son avant , pourrait battre le plus fort vaisseau de ligne armé d'après le svstème actuel-, Sir Georges Cockburn ajouta que le seul inconvénient de celte artillerie était qu'elle serait, pour les nations, ce que le pistolet est pour les duellistes , en ce qu'elle mettrait sur la même ligne la force et la faiblesse.
)) Pour prouver l'absence de tout danger dans ma ma- chine , je l'ai fait agir sous une pression de i4oo livres par pouce carrée ou de loo atmosphères environ , et j'ai arrêté la vapeur à un douzième de la longueur du coup de piston -, mais ce n'était qu'un essai pour convaincre les plus incré- dules de la sécurité parfaite qui doit résulter de mon sys- tème ^ ma pression ordinaire est de 800 livres par pouce , et j'arrête la vapeur à un huitième de la longueur du coup de piston.
» J'ai appris que notre ami, le dr. Hare (i), pense que je me suis avancé au-delà de mes forces: il n'est pas ie seul qui ait conçu cette opinion , et je ne suis nullement étonné qu'il en soit ainsi, après tous les contes absurdes que quelques journaux technologiques ont publiés sur ma ma- chine. Comme ces publications ont été faites à mon insu,
(i) Note du Tr . Professeur de cliliuie à Philadelphie, ce'lcbre par plu- sieurs découvertes fort importantes.
/^G ARTILLERIE A VAPEUR COIVFECTIOTN'KÉE
il ne m'a pas élé possible de les rcclificr. A dire vrai, je me suis peu soucié de rien publier moi-même 5 j'ai pensé qu'il valait mieux attendre l'entier accomplissement des divers pcrfectionnemens que j'avais en vue.
)) Je me propose de publier bientôt le résultat d'une expérience dont le docteur Hare ne peut manquer d'être satisfait-, car, si je ne me trompe, elle prouve par des faits ce que le docteur a essayé, avec tant de talent, de prouver en ibéorie , que le calorique est une matière. La preuve que j'en donne est simple et positive, et je suis persuadé que, lorsque vous aurez été vous-même témoin de l'expérience , vous la considérerez comme très-concluante, .l'ai été conduit à la découverte de ce fait par mes expé- riences sur la vapeur, expériences dont les résultats ont été non moins extraordinaires qu'inattendus. Un des plus frap- pans que j'aie constatés, c'est le grand pouvoir répulsif de la chaleur. J'avais remarqué qu'un générateur, à un cer- tain degré de température, ne laissait échapper ni eau ni vapeur, par une fissure accidentelle qui s'y trouvait. Je mentionnai ce fait à un savant distingué, qui en révoqua on doute l'exactitude, et, pour le convaincre, je répétai l'expérience en sa présence ^ mais il en conclut que le métal on se dilatant avait obstrué la fissure. Pour faire cesser ses doutes , je lui proposai de percer ma petite ouverture dans une des pai ois du générateur, ce qui fut exécuté. Après avoir élevé la vapeur au degré de température convenable, j'enlevai la cheville de fer avec laquelle j'avais bouché l'ouverture, et quoique la pression dans la machine fût en ce moment égale à plus de trente atmosphères, nous ne vîmes et n'entendîmes rien sortir de l'ouverture, et tout resta dans le même état qu'auparavant. J'abaissai alors la température en fermant le registre et en ouvrant la porte du fourneau, et bientôt nous entendîmes un bruit clair à Touverlure du générateur j nous y présentâmes un mor-
POUR LE GOLVERPÎEME^T FRAIS'Ç\IS. 4?
ceau de houille, et il brûla en peu d'instans. Rien cepen- dant n'était encore visible ^ mais, à mesure que la tempé- rature s'abaissa , la vapeur commença à se faire apercevoir déplus en plus-, le bruit augmentant en même tems, jusqu'à ce qu'à la fin , il devint si violent qu'on eût pu l'entendre à une distance d'un demi-mille. L'épreuve était concluante-, je ne dois pas oublier de faire remarquer qu'à l'ouverture, le fer dont le générateur était construit était chaufFc au rouge plein.
» \ous pouvez, monsieur, être convaincu de l'exactitude de tout ce qui précède , c'est le résultat d'expériences posi- tives, et dans lesquelles je n'ai recherché que la vérité. Ayant réussi à faire un piston qui dispense de l'emploi de riiuile, je suis déterminé à rechercher jusqu'à quelles li- mites la pression peut être portée. Je fais construire, en ce moment , une petite machine assez forte pour supporter une pression de 2,000 livres par pouce carré : lorsqu'elle sera terminée, je vous informerai du résultat 5 le piston seul en limitera le pouvoir,
)) La victoire que j'ai remportée est réellement glorieuse pour moi. Depuis quelque tems, beaucoup d'ingénieurs m'avaient proclamé fou , parce que j'avais assuré que je pourrais opérer la condensation et produire le vide sous le piston, sans emplover ni pompe à air ni à eau suivant la méthode ordinaire-, mais aujourd'hui les choses ont bien cb.angé de face, et mon triomphe sur ceux qui m'avaient attaqué est complet. »
( Technologie al Bepositajy. )
g|o^a()C5.
VOYAGE DAÎs^S L AMERIQUE CENTRALE.
On nomme Amérique centrale la partie de ce continent qui s'étend du Mexique à la Colombie , et qui comprend Guatimala et l'isthme de Darien. Cette dernière contrée, remarquable par ses productions naturelles , est devenue plus intéressante encore, depuis qu'on s'est occupé sérieuse- ment, en Angleterre, du projet d'ouvrir sur cet isthme une communication entre l'Atlantique et la mer Pacifique (i). Depuis les conquêtes des Espagnols, ce pays, malgré le voisinage de nos colonies, était reslé fermé aux étrangers par le despotisme jaloux de ses maîtres , et on ne le con- naissait guère mieux que le centre de l'Afrique. L'indé- pendance des états de Guatimala l'a ouvert au commerce et à la science. Toutefois , on a si peu connu , jusqu'à ce jour, la topographie de l'isthme de Darien , que le pre- mier projet du canal des deux mers a été rédigé avec une ignorance complète des difficultés de son exécution. M.Ro- bert , à qui nous devons la relation dont nous allons trans- crire les passages les plus intéressans, nous offre à cet égard des renseignemcns curieux. Il a exploré avec soin les côtes orientales de l'isthme : il avait été arrêté comme patriote et comme espion , par les autorités espagnoles, et déporté de la baie de Nicaragua , sur l'Atlantique, dans la ville de Léon, à quelques lieues de l'Océan Pacifique, en suivant la rivière de St. -Jean, le lac de Nicaragua et les
(i) Vo\ez sur ce grand projet un arliclc iiist'rc dans le 2«^ numéro de nuire recueil.
VOYAGE DANS l' AMÉRIQUE CENTRALE. 49
bords du hic de Léon. Or, c'est sur cette ligne qu'on a cru trouver le plus de facilités pour l'exécution du canal. On remarque avec regret que les vovageurs les plus aventu- reux sont les moins disposés à écrire la relation de leurs voyages. Ils devraient suivre l'exemple de M. Robert : son livre a tout l'attrait d'un roman ; et , ce qui vaut mieux en- core , il offre les documens les plus exacts sur la géographie, riiistoire naturelle et les avantages commerciaux des lieux qu'il a visités.
En 1816, M. Robert partit de la Jamaïque sur un brick qu'il commandait, avec une pacotille de peu de valeur ; son intention était de faire fe commerce avec les tribus libres de la côte ouest, très-bien disposées en faveur des Anglais. Il revint au bout de neuf semaines , après avoir vendu avan- tageusement ses marchandises. En retour des pots d'étain et de fer, et autres objets grossièrement fabriqués, lels que coutelas, haches, colliers de verre, il rapporta des écailles de tortues, de la salsepareille et aulres productions utiles dont ces contrées abondent. Les circonstances l'ap- pelèrent de nouveau au milieu de ces tribus. Il y résida sept ans, et y recueillit tous les élémens de l'ouvrage qu'il vient de publier. Ce peuple , composé d'Indiens de race pure, de métis, issus du croisement de la race indienne avec les nègres , et nommés Sambos , est d'un naturel fort doux, et a plus d'influence qu'on ne croit sur les destinées politiques de ces contrées. M. Robert a constaté, par un grand nombre de faits, le caractère généreux et bon des Indiens proprement dits. Il leur donna une preuve de con- fiance fort honorable, en se rendant, seul et malade, au mi- lieu d'une de leurs tribus guerrières, appelées Falienles (les \aillans), pour y rétablir sa santé. La retraite qu'il choisit est située sur les bords de la rivière de Chrico- Mola, à quelque distance, dans l'intérieur, du coté du port de Mosquilo. Dans cet asile , il continua son métier de
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5o VOYAGE DANS LAMÉRIQUE CENTRALE.
marchand ^ les naturels du pays lui apportaient de la sai- separeille, qu'ils échangeaient contre de la verroterie et autres objets^ et, en moins de six semaines^, il posséda pour plus de 5,000 liv. sterl. de cette denrée. Il soignait égale- ment les intérêts de sa santé et ceux de sa fortune : les bains de rivière, la salubrité du climat, l'exercice de la chasse, eurent bientôt rétabli ses forces. Ses excursions le conduisirent dans des cantons qui n'avaient été visités jus- que-là que par des bétes fauves.
«A mon retour d'une de mes longues promenades, dit M. Robert , le chef de la tribu au milieu de laquelle je m'étais établi, nommé Jasper Hall par nos marchands, me dit que des femmes avaient découvert la trace d'un animal extraordinaire, dont elles avaient eu grand'peur; qu'aucun chasseur n'avait pu leur dire le nom de cet ani- mal , et qu'elles persistaient à croire que le diable avait passé par là. Ce propos excita ma curiosité , et, ne dou- tant pas que ce ne fût la trace d'une béte inconnue en Europe, j'engageai cet homme à me suivre à la tête de quelques chasseurs. Nous partîmes donc, moi cinquième, bien armés , munis de provisions , d'outils , et décidés à passer deux ou trois nuits dans les bois , s'il le fallait ^ nous prîmes pour guides les trois femmes qui avaient fait la dé- couverte. Après quatre heures de marche , sur un terrain qui m'était inconnu, l'on se trouva au fond d'un ravin, le long duquel on monta Tespace d'un mille \ nous arri- vâmes enfin à la place indiquée par nos guides. Tout-à- coup Jasper m'appelle avec un rire bruyant : « Eh ! Robert, voici la trace du diable! » J'arrive, et je vois l'empreinte d'une paire de gros souliers ferrés, qu'il m'avait vu porter quelquefois. Je me rappelai en effet être venu en cet en- droit, mais par une autre route; on rit beaucoup de me voir suivre ainsi la trace de mes pieds.
» Dans le cours de celle singulière exploration, nous
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aperçûmes plusieurs espèces de bêtes fauves , mais la con- signe élait de ne pas lirer, de peur d'alarmer l'animal in- connu que nous cherchions. Cependant, pour mettre à profit notre excursion, nous nous décidâmes à rester deux ou trois jourg dans les bois; les femmes avaient apporté du plantain et de la cassa ve, nourriture ordinaire du pays. Nous construisîmes à la hàle quelques huttes, après quoi nous partîmes pour la chasse. Elle fut heureuse ^ nous tuâmes une vingtaine de peccaris ^ ou porcs sauvages. On les coupa par quartiers^ on fit ensuiîe une espèce de gril en bois sur lequel on plaça les chairs de ces animaux , enveloppées de feuilles; on mit du feu par dessous, et, par ce moyen , les quartiers de porc se trouvèrent à la fois fumés et à moitié rôtis. Ces provisions durèrent plus d'un mois.
M Le peccari a Toreille courte, droite et pointue, les yeux petits et creux , le cou épeiis et court. Ses soies sont comme celles du sanglier, mais plus longues sur le cou et sur le dos. Sa couleur est d'un gris noir mêlé de blanc ^ il a un collier d'un blanc grisâtre. Il ressemble , pour la taille et la couleur, au porc de la Chine -, il n'a point de queue • sur son dos est une glande de laquelle séchappe constamment une liqueur fétide. Si l'animal est tué dans la soirée, et que cette partie soit à l'instant coupée et jetée , la chair est d'un goût délicat. Les peccaris ont le même grognement que les cochons^ quand on les inquiète, ils font entendre un bruit effrayant avec leurs défenses , qui n'ont presque point de saillie 5 ils se jettent souvent sur le chasseur, qui n'a, dans ce cas, d'autre moyen de salut que de grimper sur un arbre , après avoir lancé ses chiens. De ce poste inaccessible il peut en faire un abatis considérable. Ils se nourrissent principalement de fruits , de graines et de ra- cines, et font souvent beaucoup de dégâts dans les champs où croissent la cassave et le plantain.
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» Le Iciulemain , nous gagnâmes le point culminant cVune montagne , dont les sommités n'affectent point une forme conique ou pyramidale , comme les volcans éteints-, c'est la continuation d'une chaîne de montagnes plus haute que celles des environs. Le plateau a une longueur de cinq cents pas. Du côté de la mer Pacifique , la descente en est plus rapide que du côté opposé par où nous étions montés. A l'est, dans la direction de Chagres et de Panama, on aperçoit des- montagnes encore plus élevées -, au nord-ouest, l'œil se perd sur une chaîne de montagnes, dont les pics se succèdent à diverses hauteurs comme les flots d'une mer battue par l'orage ^ on en voit, çà et là, d'isolés, qui offrent l'aspect d'anciens volcans. Du point où j'étais, j'apercevais distinctement les deux mers. Du côté de l'Atlantique, je voyais les îles situées dans la baie appelée, en espagnol, Boco del Toro , et les lagunes de Chiriqui. Mais je ne pus découvrir ni Quibo, ni certaines îles de l'Océan Pacifique, que les navigateurs ont, par erreur sans doute, placées près de la côte. Dans cette direction , les immenses forets tra- versées par les fleuves de ces contrées et les vastes mon- tagnes boisées, jusqu'au sommet dont ils baignent le pied, m'empêchaient d'en dessiner le cours, et je n'apercevais à mes pieds que des forets et des mers.
» Les Valientcs composent les tribus les plus braves et les plus policées de cette partie du Nouveau-Monde. Comme leurs aînés dans la civilisation , ils ont leur point d'hon- neur et leurs duels.
» Lorsqu'un Valiente se croit insulté par un Indien de sa tribu , il prend son fusil ou son coutelas, emmène avec lui un de ses amis, se rend chez son adversaire, et l'appelle au combat. Celui-ci accepte souvent le défi : sur-le-champ, les gages sont donnés et reçus , et le duel ne finit jamais sans qu'un des deux , au moins , soit tué ou mis hors de combat. Dans l'allaque et la défense, ils se servent du cou-
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telas avec beaucoup de dextérité -, il est rare de voir un Va- liente qui n'ait pas des cicatrices à la tête ou sur le reste du corps. On ajourne quelquefois les duels, mais c'est tou- jours par l'entremise des seconds. Provoqué un jour par un de ces preux, je lui proposai une lutte à coups de poings : (( Mode anglaise ! pas bonne ! » dit-il ^ grâce à l'interven- tion de nos amis , la querelle se termina sans effusion de sang. Les \ alientes ne sont pas très-adroits dans l'emploi des armes à feu -, ils le sont beaucoup plus avec l'arbalète et les flèches ; ils montent très-bien à cheval. »
Les idées religieuses de ce peuple sont très-bornées ^ cependant , quand il arrive un événement extraordinaire , ils disent toujours : C'est Dieu qui Ta voulu.
« Dans une de mes excursions au-dessus de la grande ca- taracte de la rivière de Chrico-Mola , dit notre auteur , les Indiens qui conduisaient notre canot le laissèrent telle- ment dévier , qu'il fut entraîné par le courant sur les bords de cette effrayante chute d'eau , sans espoir de pouvoir re- monter. Aussitôt , ils se jettent hors du canot, et gagnent la rive à la nage. Quant à moi , je perds la tête ; je ne vois d'autre chance de salut que de me confier au frêle bateau qu'emporte le torrent, et que le choc des rochers a bien- tôt mis en pièces. Après avoir repris mes sens, je m^e re- trouve battu par le flot contre les bords d'un îlot, au des- sous de la chute, et cramponné à une des planches qui avait surnagé. Quelques Indiens qui passaient en ce mo- ment sur la rive inférieure, et qui n'avaient pas été les témoins de ma chute , viennent à mon secours, et me trans- portent dans ma cabane, tout meurtri du choc que j'avais éprouvé. Dans l'intervalle, les Indiens qui étaient dans le canot , de retour au village, y avaient semé la nouvelle de ma mort , et , pour en convaincre les incrédules , ils mon- traient les débris du bateau , emportés par le courant. J'étais depuis une heure étendu sur mon hamac , lorsque
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le vieux Jasper, et un autre chef se rendirent chez moi, déplorant ma mort , et offrant de se charger de mes mar- chandises et de mes effets , pour le compte de mes parens ou de mes créanciers. « Eh ! Robert ! s'écria Jasper pétri- fié à mon aspect, vous n'êtes donc pas noyé ?... C'est l'ou- vrage de Dieu, Robert , ajouta-t-il du ton le plus grave et levant les yeux au ciel ^ c'est l'ouvrage de Dieu ! »
» Le plus haut degré d'ambition chez les indigènes, c'est de suivre les usages des gentlemen d'Angleterre. Ils ne croient pas y déroger en s'enivrant ^ mais lorsqu'il arrive aux femmes de boire outre mesure, les maris, jaloux de leurs privilèges , les tancent vertement : u Pas bon, leur disent-ils ^ ce n'est pas la mode des ladies anglaises. »
» La manière de vivre des Valientes est assez confortable. La nature les a pourvus de tout ce qui peut la rendre douce et commode , dans un état de civilisation aussi imparfait que le leur. La culture de leurs plantations exige peu de soins. Leurs forets abondent en gibier de toute espèce j leurs rivières , en poissons excellens ^ leurs lagunes , en tortues magnifiques , en homars et autres crustacées très- recherchés sur nos tables. Anciennement , leur vêtement ordinaire était fait d'une espèce d'écorce d'arbre, trempée (juelque tems dans l'eau courante, et qu'on tannait ensuite en la battant avec de gros rouleaux en bois, au point de lui donner la légèreté et la consistance d'une peau de cha- mois. On formait avec ce cuir végétal une espèce de cami- sole sans manches. Aujourd'hui leur costume est moins grossier. Plusieurs d'entre eux portent un habit complet à l'européenne. J'ai vu quelques-uns de leurs marchands et de leurs chefs habillés, suivant leurs expressions, à la mode des gentlemen anglais , suivis de quelques Lidiens d'une classe inférieure, qui, pour faire leur cour à leurs maîtres, cherchaient à copier leurs manières, et portaient envie à rombrcUc de soie qui servait de parasol au chef de
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la tribu. Ces Indiens semblent avoir compris qu'ils ne pou- vaient écbapper à la destruction qu'en se réfugiant dans les bras de la civilisation. Tous ceux de leur race qui res- tent dans Tétat sauvage fondent devant les peuples civilisés comme la neige sous le soleil du printems.
» La saison des pluies n'a rien de fâcheux pour les Indiens ; c'est au contraire celle du repos et de la joie. Leurs parties de plaisirs consistent alors à se réunir pour boire une liqueur dont ils font une immense consomma- tion. La préparation en est très-simple. Ils broient le fruit du coco entre deux pierres, de manière à en former une pâte, qu'ils délayent ensuite, et font dissoudre dans de l'eau bouillante. Le liquide circule de main en main dans des calebasses , qui contiennent chacune environ deux litres. Il y a des amateurs qui en boivent de seize à vingt. Leur passetems favori , dans ces réunions , est de réciter de longues histoires qu'on écoute avec un sang-froid imperturbable, quelqu'in vraisemblables qu'elles soient. Quand je me trouvais au milieu d'eux , j'essayais souvent de leur raconter des anecdotes qui me concer- naient , et de leur donner une idée de la constitution civile et politique de l'Europe^ ils n'y comprenaient rien j n'importe, ils me laissaient dire. Quand j'avais fini mon récit, les plus âgés de mes auditeurs se recueillaient pen- dant quelques minutes, et après avoir regardé autour d'eux, comme pour prendre les voix, ils disaient gravement : « Mensonge, Robert, mensonge. » A quoi je répondais : (( Tout cela est vrai , c'est un usage d'Angleterre. » Sou- vent j'ajoutais : (( Maintenant , voici une histoire qui n'est pas vraie. » Alors ces bonnes gens , dont la physionomie s'épanouissait , disaient à la ronde : u Robert , contez-nous votre histoire. »
Après avoir rétabli sa santé, notre vovageur fréta une chaloupe et continua son commerce , le long des côtes dç
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l'Amérique centrale. Pendant qu'il était à Carlhagène , un tremblement de terre se fit sentir dans le pays. La ville de Carlhagène est la capitale de la province de Costraica : en 1823 sa population était évaluée à 87,700 habitans^ mais, deux ans après cette époque , elle fut presque détruite par un effroyable tremblement de terre qui ébranla l'isthme de Darien. « Dans la nuit de cet événement, j'étais dans la cabane d'un Indien, vers le cap des Singes, et j'eus l'occasion de voir les effets du tremblement, sur cette partie de la côte. Vers minuit, je sentis la natte d'osier sur la- quelle je dormais violemment secouée. Supposant qu'un de mes compagnons de voyage, ou quelque Indien de notre suite, voulait m'effrayer ou m'éveiller en sursaut, je leur demandai raison de cette mauvaise plaisanterie^ au bout de quelques secondes, les cris d'effroi qui partaient des huttes voisines , et lespèce de roulis de la terre qui secouait notre cabane dans tous les sens, dissipèrent mes doutes. Je sortis à l'instant, et, quoique je fusse à peine en état de me te- nir sur mes jambes, je contemplai cette scène effroyable dont le souvenir sera toujours présent à ma pensée. Sous nos pieds, le sol semblait agité de mouvemens convulsifs; il bondissait et tournoyait à la fois avec un bruit terrible , comme s'il était prêt à nous engloutir-, les arbres étaient si violemment secoués, que leurs branches et leurs troncs s'entrechoquaient avec un bruit semblable aux éclats de la foudre^ les oiseaux domestiques, les perroquets, les pi- geons, etc., ballottés dans leurs volières, remplissaient l'air de leurs gémissemens -, les cris des singes, les rugissemens des bétes féroces, qui semblaient implorer notre protection , se mêlaient aux cris des Indiens. Tous les êtres vivans sem- blaient n'avoir qu'un langage, celui du désespoir. Quoique j'eusse souvent, en mer, bravé les tempêtes, j'étais telle- ment épouvanté de ce terrible spectacle, que j'eus de la peine à reprendre mes sens, et à réfléchir à ce que j'avais
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à faire pour me sauver. Je sentis que notre plus grand dan- ger était de voir la mer assez haute pour inonder le rivage -, je fis lever mes compagnons, et, accourant vers notre cha- loupe , nous la remîmes à flot, jugeant qu'à tout événe- ment elle pourrait rester dans cette position. Nous atten- dîmes avec inquiétude le résultat de notre manœuvre ; le tremblement s'affaiblit peu à peu, et il avait entièrement cessé avant que le jour parût. Dans ce village, personne ne perdit la vie -, mais, en plusieurs endroits, la commotion laissa des traces funestes. Sur le rivage , s'élevaient des montagnes de sable ^ tout près de là , il était sillonné par des fondrières ; un endroit où , dans la soirée , se trouvait un étang , était complètement à sec -, la plupart des cabanes furent endommagées ou détruites ^ partout enfin on aper- cevait les traces du tremblement de terre. Les Mosquites , qui, dans cette saison, se rendent sur la côte pour la pèche des tortues, s'enfuirent épouvantés, et abandonnèrent leurs travaux ordinaires. ».
Les tortues abondent dans les parages fréquentés par notre navigateur. Nos gourmands gémiront sans doute sur le vandalisme avec lequel les pécheurs détruisent les œufs et rejettent la chair de ce précieux reptile. Dans l'intérêt de ceux qui connaissent mieux la saveur de la tortue que son histoire naturelle, nous extrairons quelques détails que M. Robert donne à ce sujet.
« Au confluent des deux rivières Vasques et Azuelos, on tue , tous les ans , une quantité considérable de tortues de ia plus grosse espèce , pour en extraire le frai ^ on fait fondre cette substance dans de l'huile, et les Mosquites s'en servent en guise de beurre. On en détruit, de cette manière, plu- sieurs milliers chaque année. Au printems, les tortues à écailles vertes se rendent en masse sur plusieurs points de la côte des Mosquites, et surtout sur les bancs de sable voi- sins de la baie de la Tortue , pour y déposer leurs œufs \
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dans cette saison, la mer est couverte de der , espèce de petit poisson dont la grosseur n'excède point celle d'un dé à coudre. Les tortues se nourrissent principalement de ce poisson et d'une sorte d'herbe marine qui croît au fond de ces lagunes. Ce reptile , comme tous les poissons à pou- mons . ne peut rester sous l'eau qu'à cinq ou six brasses de profondeur, encore est-il obligé de nager fréquemment à la surface, afin de respirer. Le mâle et la femelle fraient en- semble pendant neuf jours, durant lesquels la femelle gros- sit considérablement ^ mais lorsqu'ils se séparent, le mâle a perdu toutes ses forces et sa chair n'est plus bonne à manger. Quelque tems après , la femelle reparaît sur les bancs de sable et se dispose à la ponte. Elle pratique, à cet effet, dans le sable, des trous de deux pieds de profondeur, y dépose de soixante à quatre-vingts œufs , les couvre , et s'en va ^ elle se livre à cette opération pendant la nuit. Quinze jours après, elle revient tout près de la même place , et dépose sous le sable une même quantité d'oeufs. Au bout d'un mois environ, ses œufs sont éclos et la tor- tue qui vient de naître se traîne aussitôt vers la mer. Les tortues rondes fraient dans la même saison ; mais si ces dernières trouvent morte sur le bord de la mer une tortue à courte queue, espèce qui est d'une grosseur prodigieuse dans ces parages, elles se retirent au plus tôt et ne déposent leurs œufs qu'à un mille de distance de l'endroit où elles l'ont rencontrée. Le manche de l'épieu dont les indigènes se ser- vent dans la pêche à la tortue est d'un bois très-dur -, à l'ex- trémité est fixée une tringle de fer, la pointe en bas. Un dard en fer très-aigu joue dans une coulisse creusée au bout de l'épieu \ il y est retenu par une longue courroie roulée tout autour \ au bout est attaché un liège sur le- quel se dirige l'œil du pêcheur. Celui-ci, lorsqu'il est à portée de la tortue , lève son épieu et le plonge, en lui im- primant le mouvement de rotation le plus rapide , sur 1^
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dos de la tortue. Ce dard pénètre récaille , et , détaché du manche, reste fixé dans le corps de l'animal. Le liège qui surnage indique quelle route il suit sous la vague, et il est facile au pécheur de le tirer à lui , au moyen de la ligne qui est restée fixée à l'extrémité de l'épieu.
» Les habitans de la côte font grand cas de l'espèce de tortue à tête de faucon. Ils ne détruisent jamais ses œufs^ et ils ont une méthode bizarre et cruelle de lui enlever son écaille, sans la tuer, comme on le fait chez les autres tribus. Ils l'enveloppent à cet effet d'herbes ou de feuilles sèches auxquelles ils mettent le feu j la chaleur rompt les carti- lages qui liaient son écaille au reste du corps, et on achève de la détacher avec un couteau. Privée de sa cuirasse , la tortue , hors détat de se défendre , se traîne péniblement vers la mer où elle est souvent dévorée par les poissons. Cependant on a repris quelquefois des tortues à qui on avait fait subir cette cruelle opération.
)) Une pèche non moins importante pour les Indiens de ces contrées est celle du manati^ espèce singulière qui tient du poisson et du quadrupède, et qu'on aperçoit en grande quantité dans les mêmes parages. Cet animal a les pieds de devant ou plutôt les mains du singe, et la queue du pois- son -, il la déploie horizontalement en éventail. Sa peau , ordinairement très-mince, couvre une épaisse couche de graisse \ sa chair entrelardée est d'un très-bon goût , elle est très-salutaire pour le scorbut et les maladies scrofu- leuses -, on assure quelle purifie le sang , et qu'elle a la vertu de hàler l'éruption du virus scrofuleux. Le manati a l'ouïe fort délicate , et , au moindre bruit , il se plonge dans l'eau ^ il se nourrit des plantes aqueuses qui croissent le long des rivières, et sort de l'eau aux deux tiers pour ])rendre sa nourriture. Le mâle et la femelle vivent presque toujours ensemble-, leur longueur ordinaire est de 8 à i?. pieds, et leur poids de 8 à lo quintaux. Les Indiens les
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épient le malin , au moment où ils viennent prendre leur repas, et ils les tuent avec un harpon. »
L'un des objets les plus importans du commerce de ces contrées est la vanille, dont on distingue mieux le goût dans le chocolat et les sucreries , qu'on n'est à même d'apprécier son caractère et sa place dans le règne végétal. Voici la description que M. Robert donne de cette plante et de sa préparation :
« La vanille aromatique ( epidendrum vanilla de Lin- née) abonde sur les bords de la rivière de St. -Jean ^ cette plante, de nature rampante, vient s'entrelacer aux branches des arbres les plus élevés^ ses feuilles ressemblent de loin à celles de la vigne : sa fleur est d'un fond blanc nuancé de rouge et de jaune. A cette fleur succède une cosse dont les capsules se gonflent d'une manière sensible, et qui , dans sa parfaite maturité , est de la grosseur du doigt. Cette cosse passe successivement du vert au jaune et au brun *, pour conserver le fruit , on le cueille tandis que la cosse est encore jaune -, puis on le met en tas , pendant trois ou quatre jours, afin de le laisser fermenter ^ on le fait ensuite sécher au soleil, et, quand il est à moitié sec, on l'aplatit et on le graisse avec de l'huile de cacao ou de palmier ^ puis on achève de le faire sécher au soleil , od le graisse de nouveau avec la même huile et on l'enveloppe en petits paquets , dans des feuilles de plantain ou de roseau. On prend garde de ne pas laisser les cosses sur la lige après la maturité -, car, dans ce cas, le suc balsamique qui donne à la vanille le goût exquis qu'elle possède s'échapperait par la transsudation. On trouve aussi la vanille sur plusieurs autres points de la côte de Mosquito , et dans le voisinage du Breo ciel Rero, et des lagunes de Chiriqui, etc »
Le gouvernement anglais avait anciennement établi, sur la côte de Mosquito , une colonie qu'il jugea à propos d'a- bandonner. Le directeur de cet établissement y laissa , en
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partant, une peuplade de nègres et de créoles. M. Robert, qui en visita les restes , regrette vivement qu'on ait quitté , sans motif, un canton dont la situation et les ressources nous auraient été fort utiles. « La population de cette an- cienne colonie se compose principalement de créoles , de mulâtres, de Sambos originaires de la Jamaïque, St. -An- dré et autres villes. Plusieurs d'entre eux ont épousé des femmes indigènes ^ leur manière de vivre est douce et com- mode. Le lieu de leur résidence, nommé le Port-Anglais, se compose de trente ou quarante maisons, et fait face aux lagunes de Kircarille. Sa population est de i5o ou 200 âmes ; les cabanes n'ont qu'un étage , et sont bâties en torchis composé de planches et d'argile bien battue : le toit est couvert de feuilles de palmier presque imper- méables. Les marchands de la Jamaïque y ont établi deux comptoirs, et les Etats-Unis un troisième. Les diverses tribus d'Indiens et les Mosquites y viennent, de toutes les parties de la côte , apporter des écailles de tortue , de la résine , du cachou, des peaux, des canots, et autres articles qu'ils échangent contre des toiles à voile, des brides, des cou- telas, etc. Les habitans font, pendant la saison, la pèche de la tortue, et, le reste de l'année, ils s'occupent à amasser leurs provisions, à chasser et à cultiver la terre. Ils entre- tiennent des relations amicales avec les indigènes , traitent loyalement avec eux , et ils sont très-hospitaliers à l'égard des Européens et des autres étrangers que le hasard con- duit sur ces rivages. Cependant ils n'ont point d'instruction, et il est à regretter qu'aucun missionnaire ne se soit rendu dans ces contrées, où sa présence produirait un grand bien, malgré l'opposition qu'il pourrait rencontrer momen- tanément dans l'aveugle égoïsme de quelques marchands. J'ose affirmer que ces missionnaires n'y trouveraient pas les dégoûts qu'ils ont éprouves dernièrement dans les colonies
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plus civilisées des Barbades et de Démérari. Durant mon séjour au Port-Anglais, je n'ai vu aucun mariage célébré suivant la liturgie anglicane ou les rites d'aucun peuple. Le mariage n'y est qu'un contrat tacite , dissous rarement par consentement mutuel ; les enfans y sont ordinairement baptisés par les capitaines des vaisseaux marchands qui viennent de la Jamaïque. Tous les ans , à leur retour à la côte, ces derniers soumettent à cette cérémonie tous les enfans nés pendant leur absence. Plusieurs d'entre eux leur doivent plus que le baptême. Je pourrais en citer une douzaine qui appartiennent à deux de ces capitaines, par- tisans déclarés de la polygamie. Leurs débauches les ont tellement identifiés avec les indigènes , qu'ils se sont assurés une espèce de monopole commercial avec lequel aucun étranger ne pourrait entrer en concurrence , s'il n'avait une connaissance parfaite du caractère indien. Ils ont si bien capté les bonnes grâces des chefs, qu'à leur arrivée les habitans de toutes les classes viennent les accueillir sur le rivage , et que le séjour au milieu d'eux est la sai- son des fêtes, des orgies et du libertinage. Toutefois, les funérailles ne manquent point de décence -, M. Ellis , le seul Anglais de distinction qui soit fixé au Port-Anglais, et quelques agens commerciaux , se concertent ordinaire- ment avec les anciens du lieu, pour régler cette cérémonie de la manière la plus solennelle. En l'absence de lois et du frein religieux, ils maintiennent dans l'établissement un ordre et une régularité qu'on pourrait comparer, sans trop de désavantage, à la police municipale d'une de nos petites villes de province. En cas de procès, on s'en rapporte d'ordinaire à l'arbitrage de quelqu'un des notables , et sur- tout à M. Ellis. Ce dernier a fait beaucoup de bien aux habitans de l'établissement, Indiens ou métis. Il a, dans plusieurs occasions, donné les preuves les plus fortes d'un
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caractère noble et bienveillant -, j'ai surtout à me louer de ses procédés à mon égard, et je me fais un vrai plaisir de consigner ici ce témoignage de reconnaissance. )>
M. Robert attendit au Port-Anglais l'arrivée de quelques marchands , qui en firent leur agent commercial auprès des indigènes. Dégoûté de ces fonctions, il fit voile vers la côte du nord, pour établir des relations personnelles avec ses habitans. Il se plaint beaucoup du monopole éta- bli par les marchands étrangers qui étaient déjà en rela- tion avec cette partie du continent américain, et il attribue à leurs immenses bénéfices la jalousie avec laquelle ils re- çoivent les nouveaux venus. A cette époque, le roi des Mosquites , Georges Frédéric , régnait sur les peuplades des Sambos , les plus puissantes de ces contrées. Georges Fré- déric avait été élevé à la Jamaïque; il y fut couronné roi par le révérend Joseph Armstrong. Les précepteurs de ce souverain n'avaient pas apparemment une haute idée des devoirs de la royauté , car tout ce qu'ils lui avaient appris, c'était l'art de bien boire-, aussi, S. M. s'en acquittait-elle à merveille -, et ses sujets, s'apercevant que , dans l'ivresse, elle était très-généreuse, prenaient soin de provoquer sa générosité le plus souvent possible. M. Robert eut l'hon- neur d'être présenté à S. M. , et nous devons à cette cir- constance une anecdote fort amusante , et dont le héros est peint à la manière de Calot.
(( Dans la matinée , dit M. Robert , je fus réveillé par le bruit d'un tambour. Les Sambos étaient déjà sur pied, se disposant aux préparatifs de la réception et du festin du roi. Ce dernier arriva sur un grand canot, accompagné de l'élite de sa cour-, le reste de son escorte, composé de vingt personnes, occupait deux canots plus petits. En débar- quant, il fut reçu par l'amiral Earn et le général Bliatt, tous deux en grand uniforme avec épaulettes d'or ; ils étaient ac- compagnés de quelques chefs des villages voisins. Le roi fut
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reçu sans autre cérémonie qu'une poignée de main , accom- pagnée d'un how do you do, king P (comment vous por- tez-vous, roi?) Après m'avoir questionné sur l'objet de ma visite , il m'invita à me rendre avec lui au cap ^ j'ac- ceptai , afin de mieux juger jusqu'à quel point il pourrait seconder mes vues , et quels étaient ses rapports avec un peuple auquel il pouvait se croire étranger, depuis quatre ans qu'il avait quitté la Jamaïque, où il avait été élevé. C'était un jeune homme d'environ vingt-cinq ans, taille moyenne, teint cuivré, cheveux longs et crépus, divisés sur le front, et retombant en boucles le long de ses joues ^ la main et les pieds petits, l'œil noir et vif, les dents très- blanches , et la physionomie régulière et expressive-, il avait l'air plus agile que fort. Quant à son caractère , je le trouvai , dans plusieurs occasions , aussi sauvage que les savanes où il était né. Dans la journée, d'autres Indiens vinrent des divers points de la côte et de l'intérieur^ lors- qu'on fut arrivé au palais de S. M. , on y tint conseil sur différens objets relatifs à l'administration des établissemens voisins, et autres affaires d'un intérêt général. J'observai que le roi suivait aveuglément les avis d'Earn , de Bliatt et de quelques autres ; sa plus grande affaire était de sanc- tionner au plus vite les résolutions du conseil , afin qu'elles fussent promulguées comme ses ordres^ ordres absolus, dont l'exécution ne souffre jamais de retard.
» La séance levée, le festin commença. A mesure que les calebasses contenant la liqueur du coco circulaient parmi les convives, leur gaîté devenait de plus en plus bruyante^ bientôt ils se mirent à danser en désordre une espèce d'é- cossaise que les Anglais leur avaient enseignée. Dans l'in- tervalle, le roi continuait de boire avec ses favoris ^ il fut surpris à table par son oncle André , chef de la tribu de Cavara, qui arriva dans la soirée , suivi d'une des maî- tresses de S. M. André était un Indien de race pure, d'une
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tournure qui n'avait rien de désagréable, agile dans ses mouvemens, et déguisant, sous une apparence de légèreté, un caractère adroit et rusé. Il parlait assez bien l'anglais ; il divertit beaucoup l'assemblée par les histoires qu'il nous conta sur les marchands de la Jamaïque, et par les traits satiriques qu'il lança aux vieux Mosquites. Dans la soirée, le roi me fit observer que je ne devais pas être étonné de le voir agir comme il le faisait ^ qu'en flattant les natu- rels du pays, son désir était de leur faire adopter par de- grés les mœurs et les usages de l'Angleterre. « Vouslevovez, ajouta-t-il, ils ont déjà quitté \epulpera, l'ancien vête- ment des indigènes ( le cuir végétal ou écorce tannée dont on a parlé plus haut), et les voilà avec des vestes, des cu- lottes et de bons chapeaux. )> Tel était en effet leur accou- trement. « ^ éritable mode anglaise, leur disais-je en riant. » Et eux de répéter, en se donnant une grotesque importance : ce ^ éritable mode anglaise I »
» Bientôt le roi se mit à danser une espèce de sauteuse , qu'il avait apprise à la Jamaïque, et il m'appela pour figu- rer avec lui. Je laisse à penser l'enthousiasme des dilei- tanti qui faisaient cercle autour de nous-, à peine le pas de deux était-il terminé, qu'on cria bis de toutes parts. Cepen- dant le général Bliatt avait donné la consigne de ne laisser entrer personne dans la salle du bal : mais le fracas de notre musique et l'arrivée des femmes attirèrent à la porte une foule considérable , qui força le passage et fondit sur nous comme un torrent, La chaleur nous suffoquait : le défaut d'air et d'espace nous força de suspendre la danse. Le bon prince, voyant le désappointement de ses sujets, proposa de la continuer en plein air. Alors les amateurs de second ordre, qui avaient organisé un bal séparé, dans le voisinage, vinrent se joindre à nous avec leur musique -, le roi, l'ami- ral, les hommes, les femmes, tout cela se mit à sauter à la fois , avec un bruit et une confusion qui forcèrent ceux xvr. 5
QQ VOYAGE DANS l'aMÉRIQIIE CEKTF.ALE.
qui conservaient encore quelque lueur de raison de quit- ter la place. La danse terminée, on rentra, et on se remit à boire ^ cette fois, les femmes étaient de la partie. Avant d'achever de s'enivrer, les chefs ordonnèrent aux femmes de rentrer chez elles, afin sans doute qu'elles ne se mis- sent pas hors d état de prendre soin de leurs maris. Jeunes et vieux passèrent toute la nuit avec leurs calebasses. Dans l'intervalle, le bruit du tambour et des décharges de mousqueterie ne cessait de se faire entendre devant la porte. A mesure qu'un des convives tombait ivre mort, sa femme, qu'on allait prévenir, accourait pour en prendre soin , et à peine avait-il repris ses sens, qu'il rentrait pour se mêler de nouveau à ces orgies. Le lendemain , on passa toute la journée à boire ^ on sabla, jusqu'à la lie, la li- queur de cassave et de maïs, qui avait succédé dans les calebasses à celle du coco. La troisième nuit, quand toutes les liqueurs furent consommées, les Indiens rentrèrent chez eux, la plupart dans un état déplorable. Je dois leur rendre la justice de déclarer que, pendant tout le cours de ces débauches, il ne s'éleva parmi eux aucune querelle. »
La danse et la conversation de M. Robert le poussèrent si avant dans les bonnes grâces du roi, qu'il le nomma son ambassadeur auprès d'un chef de tribu, qui, mécontent de S. M. , aspirait à se rendre tout-à-fait indépendant. Le général Bliatt accompagna M. Robert.
«Le gouverneur démenti (c'est le nom du chef de tribu) ne vint point à notre rencontre^ il se borna à nous donner audience dans son habitation. Il se leva de son siège, à notre arrivée , et nous tendit la main à Bliatt et à moi, en nous disant : « Soyez les bien venus! » mais il ne nous fit aucune question sur notre suite. Ce vieux chef, dont la physionomie et les discours firent sur moi une vive impression , avait la tournure des anciens caciques dont il était issu : c'était un homme robuste, quiparaissailavoircin-
VOYAGE DANS LAMÉRIQtE CENTRALE. Gn
quanle ou soixante ans ; avec la tournure des indigènes , il avait un air plein de dignité-, on lisait dans ses regards imposans qu'il se sentait né pour commander , et qu'il n'é- tait pas fait pour supporter le joug des Mosquites. Son cos- tume se composait d'un vieil uniforme espagnol : habit bleu, collet et paremens rouges surchargés de broderies d'or-, d'une vieille veste de satin blanc également brodée à paillettes d'or, avec des poches sur le devant^ d'une paire de vieilles culottes de serge blanche, de bas de coton de même couleur, de souliers à boucles d'argent, et d'une canne à pomme d'or, semblable à celle des corrégidors et alcades de l'Amérique du Sud. »
Après s'être rendu auprès du roi, dans sa capitale, et avoir pris ses mesures pour assurer le succès de ses opéra- tions commerciales, M. Robert fit voile vers le sud. Étant en- tré, pendantla nuit, danslabaiedeNicondéragua, il s'aper- çut, le lendemain, qu'il avait jeté l'ancre dans le mouillage de deux vaisseaux de guerre espagnols. Le capitaine d'un de ces bàtimens le fit arrêter comme espion au service des indépendans , et malheureusement les gens de l'équipage , interrogés sur son compte, déposèrent de manière à con- firmer ces soupçons. L'un d'eux affirma l'avoir vu à bord de son vaisseau, et ajouta qu'il avait cherché à surprendre le secret de la destination des deux bàtimens ^ l'autre dé- clara que c'était un corsaire. M. Robert fut donc conduit à la citadelle de Nicondéragua , pour être fusillé. Arrivé au lieu de l'exécution , l'officier qui devait commander le feu s'approcha de M. Robert , et lui enfonça le chapeau sur les yeux -, celui-ci le releva . pour voir tirer sur lui : il s'en- suivit une altercation qui dura quelques minutes. Pendani, ce tems-là , on aperçut un canot qui arrivait à force de rames : l'officier qui le montait fit nn signal qui suspendit Texéculion ; un instant après , il se fit reconnaître comme gouverneur du fort. Le nouveau gouverneur fit t! an^f'rer
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son prisonnier dans rintcriear, et nomma une commission chargée d'examiner les papiers qu'on avait trouvés à son bord, au nombre desquels étaient quelques brochures po- litiques qu'on l'accusait de distribuer, pour appeler les créoles à l'insurrection, ivl. Robert fut traîné de forteresse en forteresse , et de ville en ville, jusqu'à Léon. Le gou- verneur de cette place, qui entendait l'anglais, trouva dans les papiers du prisonnier la preuve de son alibi , et se convainquit d'ailleurs que les écrits incendiaires qu'on in- criminait n'étaient autres que vingt exemplaires du Nou- vf eau- Testament qu'un missionnaire l'avait chargé de dis- tribuer.
M. Robert n'eut point à se plaindre de l'accueil qu'il reçut des habitans , dans le cours de ce voyage forcé ; en effet, la nature de l'accusation portée contre lui lui con- cilia la faveur d'un peuple déjà mûr pour la révolution qui éclata quelque tems après. On peut juger des opinions politiques du pays, par les singulières preuves d'affection qu'on manifesta à ]\L Robert pendant sa détention à Grenade.
« Ma prison , dit notre auteur , avait une croisée grillée ,
élevée à six pieds du sol , et par où pénétrait une chaleur
accablante. Épuisé par les fatigues de la journée , je ne
tardai pointa m'endormir, et le lendemain je fus réveillé
de très-bonne heure par les tambours qui battaient la diane,
et par le bruit que faisaient les soldats en se rendant à
l'exercice. Au bout de quelques minutes, le bruit cessa :
un soldat , qui passait alors dans la rue , me jeta un paquet
de cigares , et s'arrétant à ma croisée , il me demanda fort
poliment un peu de feu pour allumer le sien \ ce n'était
qu'un prétexte pour avoir l'occasion de causer avec moi.
Il parut fort touché de ma situation, et après avoir jeté
un coup-d'œil à droite et à gauche , pour s'assurer qu'on
ne l'écoutait point , il me dit : « Ici, les patriotes sont nom-
VOYAGE DANS l'aMÉRTQUE CE^iTRALE. 69
breux , » et se déchaîna vivement contre le gouvernement espagnol. Vers huit heures, la troupe passa de nouveau ; ma prison fut entourée d'une foule considérable attirée par la curiosité , et qui venait d'apprendre qu'un Anglais em- ployé à Saint- Jean , par les patriotes, comme espion , était arrivé. La plupart manifestèrent hautement la pitié et le regret que leur inspirait ma situation, et ils ne quittaient la place qu'après m'avoir jeté des gâteaux, du pain d'é- pice , du fromage , du chocolat , des cigares , des pièces de monnaie de toute espèce, et jusqu'à des piastres. Presque tous ceux qui s'arrêtaient pour me voir se croyaient en devoir de payer l'exhibition que je faisais de ma personne, ou de chercher à adoucir ma captivité. Les plus timides, craignant d'être épiés par les agens du gouvernement, se bornaient à passer en me jetant de l'argent à la dérobée-, mais presque tous ceux qui fourraient leur tête à travers la grille, pour causer avec moi et pour me voir plus à l'aise avaient le cigare à la bouche, et alors la chaleur, jointe à la fumée, me suffoquait au point que j'étais forcé de les supplier de me donner quelques minutes de répit 5 quand le nuage commençait à se dissiper, je comptais , avec un plaisir mêlé de surprise, les témoignages palpables de la générosité des habitans. Je ramassai, en un jour, vingt-sept piastres, et des provisions pour plus d'un mois.^) Nous ne suivrons pas plus loin M. Robert 5 nous nous bornerons, en finissant, à recommander son ouvrage à ceux de nos lecteurs qui prennent intérêt aux aventures des navigateurs , et qui désirent surtout se faire une idée exacte des provinces les plus importantes de la moins con- nue des républiques du Nouveau-Monde.
(^London Magazine.)
VOYAGE
A LA NOUVELLE-GALLES DU SUD (l).
M. CiNNiNGHAM est un très -habile chirurgien attaché à la marine royale de la Grande-Bretagne, et qui a été chargé , quatre fois , de surveiller, sous les rapports sani- taires, le transport des déportés jusqu'au lieu de leur destination, à la Nouvelle - Galles du Sud. On ne peut douter que ses soins n'aient eu beaucoup de part à la con- servation d'un grand nombre d'individus , pendant une aussi longue traversée : chaque transport était au moins de 600 personnes, hommes et femmes, et tous arrivèrent en bonne santé , quoique, suivant le cours ordinaire de la vie humaine, quelques-uns d'entre eux auraient dû at- teindre le terme de leur carrière, et ne l'auraient pas vrai- semblablement poussé aussi loin dans leur pays natal. Ces voyages ont mis M. Cunningham dans le cas de séjourner dans la Nouvelle-Galles, d'^observer cette colonie lointaine, de faire des courses dans l'intérieur du pays, et de recueil- lir les matériaux d'un ouvrage publié l'année dernière à Londres ^ l'observateur y rend compte simplement de ce qu'il a vu et examiné sans prévention, avec tous les moyens d'être bien informé. Dans une modeste préface, il a exposé ses titres à la confiance du lecteur, et il l'a ob- tenue sans réserve. Nous ne sommes plus au tems où un
(i) Note du Tk. Nous avons déjà dirigé l^ittcnlion de nos lecteurs siii la Nouvelle-Galles du Sud, et les autres [laiLies de l'Australie, dan.s les numéros G, i5 et u8 de notre recueil. Mais la nature , cuinuie la société , se présente, dans ce monde nouveau , sous des as[)ects si variés et si bizarres, que ce sujet est bien loin encore d'clrc épuise. D'ailleurs la civilisation y niarclie si vite , qu'on en aurait bientôt perdu la trace , si ou ne se tenait pa> sans cesse au courant de ses progrès.
VOVAGK A LA .\0L VELLE-GALl.ES DU SUD. "J I
livje, quel qu'en fût le méiile réel, ne pouvait se montrer au grand jour que sous le patronage de puissantes recom- mandations : le public d'aujourd'hui va droit au fait et veut juger lui-même.
Les talens dont M. Cunningham avait fait preuve, dans Texercice de ses fonctions , exigent un coup-d'œil rapide et sûr : on peut donc compter sur la justesse de ses observa- tions, autant que sur la véracité de ses récits. En débar- quant, pour la première fois, à Sydney, il y apportait une profonde connaissance des hommes et l'habitude de les conduire d'après cette connaissance. Pour l'élude du pays et de ses productions, il avait eu soin d'acquérir, dans les diverses parties de l'histoire naturelle, plus d'in- struction que Ton n'en donne communément dans les écoles de médecine. Quoique le sujet sur lequel il a écrit ne soit pas tout-à-fait nouveau pour nous, et que nous ayons déjà, sur la Nouvelle-Galles du Sud, les rapports de Bigge et l'ouvrage de Wentworth, on pouvait être certain d'avance que le nouveau voyageur dirait plus de choses que ses devanciers, et qu'il les dirait mieux. Ce n'est pas que l'ouvrage de M. Cunningham soit entièrement irré- prochable , sous le rapport du style : au contraire, le lec- teur serait en droit, à cet égard , de faire des plaintes assez graves-, il manque quelquefois de goût, ne sait pas régler la marche de ses narrations, multiplie, sans motif, des préambules insipides, où tout annonce de grandes pré- tentions à V esprit', elles déplairaient encore davantage, si l'intérêt n'était point soutenu par l'importance des faits et la grandeur du spectacle que l'auteur met sous les yeux. Il serait peut-être équitable d'attribuer une partie des dé- fauts de son style à la forme épistolaire qu'il a donnée mal à propos à son ouvrage , au lieu de le diviser par ordre de matières, ce qui eût été plus commode pour ses lecteurs.
VOYAGE
Tel qu'il est, ce livre se fait lire jusqu'au bout. Dès les premières pages, on ne peut refuser à l'auteur une cou- fîance illimitée. Qu'on s'en défie toutefois : l'écrivain le plus sincère se laisse souvent entraîner par l'enthou- siasme, et, dès qu'il est hors de la bonne voie, il faut que le lecteur attende qu'il y soit revenu. On soupçonne que M. Cunningham a fait une peinture un peu trop brillante du pajYidis du Sud, si digne , dit-il , d'être habité par de pures intelligences -, c'est-là, suivant lui, que la terre in- vite le cultivateur à venir former son établissement, plutôt qu'aux Etals - Unis ou au Canada : les raisons sur les- quelles il fonde cette préférence sont au moins spécieuses. 11 fait remarquer que, dans l'état actuel des établissemens européens, l'émigrant qui veut choisir un emplacement dans l'Amérique du Nord ne peut plus en trouver qu'à i,ooo milles de la mer ^ que les terres y sont vendues , et non concédées^ que les produits de la culture ne peuvent être échangés sur les lieux , ni à proximité , et qu'il faut les transporter, à grands frais , à une place de commerce Irès- éioignée. A la Nouvelle-Galles du Sud , l'acquisition d'un vaste domaine , à i5 milles au plus des côtes, peut être obte- nue sans difficultés et presque sans frais : cela est vrai^ mais ce que M. Cunningham dit des possessions anglaises dans l'Amérique du Nord manque d'exactitude. Il y a certaine- ment de très-bonnes terres à vendre, à très-bas prix, dans la Nouvelle-Ecosse , le Nouveau-Brunswik, à portée des côtes du Golfe, ou des bords du fleuve St. -Laurent, à une dis- lance qui n'excède guère le vingtième de celle qu'il faut franchir pour se rendre à Sydney (i).
L'Amérique est couverte d'épaisses forêts où les voitures
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(i) Voyez, tlaiis noire i()<= numc-ro, un arliclc. sur les avantages com- pares (le rrinigralion ilans l'Australie, les Etats-Unis et le Canada.
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A LA NOUVELLE-GALLES DL sUD.
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lie parviennent que difficilement à s'ouvrir un passage, au lieu que, dans la Nouvelle -Galles du Sud, les arbres sont si clair-semés qu'on peut y conduire un chariot dans toutes les directions : cette disposition du sol est fort com- mode pour les' nouveaux colons. En Amérique , il faut des provisions pour nourrir le bétail pendant l'hiver: dans l'autre pays, les pâturages fournissent, en toustems, une nourriture assez abondante. Un autre avantage que les cul- tivateurs trouveront dans la Nouvelle-Galles du Sud, c'est que les bras n'y sont pas aussi rares qu'en Amérique, ni le travail aussi cher. Ajoutons enfin que le climat de celte colonie est d'une salubrité remarquable, si bien que, sui- vant M. Cunningham, on n'y est exposé qu'à des rhumes, et qu'on n'y redoute ni la petite vérole, ni la rougeole, ni aucune sorte de fièvres. \ oilà , sans contredit, le plus pré- cieux des privilèges de cette contrée , et ce qui lélève fort au-dessus de l'Amérique et même de l'Europe.
Il y a lieu de penser que M. Cunningham n'a rien omis de ce que l'on peut dire en faveur de sa terre de prédi- lection j mais il n'a pas pris la peine d'être juste envers les pays auxquels il la compare , et sa partialité est trop évidente lorsqu'il parle des Etats-Unis. On ne terminera jamais les discussions relatives aux lieux vers lesquels il serait le plus convenable de diriger l'émigration , si Ton s'obstine à mettre en présence ou en opposition des objets qui n'ont entre eux aucune analogie, et auxquels il est im- possible d'appliquer une mesure commune. La santé est un très-grand bien, sans doute ^ mais dans plus d'un cas, on en céderait quelque peu si l'on pouvait se débarrasser, à ce prix , d'un voisinage désagréable. Rappelons, en faveur de l'Amérique , la majesté de ses fleuves , les beaux sites qui environnent ses lacs, ses vastes prairies entrecoupées de forets d une verdure magnifique. C'est dans ce continent
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n2 VOYAGE
Tel qu'il est, ce livre se fait lire jusqu'au bout. Dès les premières pages, ou ne peut refuser à l'auteur une con- fiance illimitée. Qu'on s'en défie toutefois : l'écrivain le plus sincère se laisse souvent entraîner par l'enthou- siasme, et, dès qu'il est hors de la bonne voie, il faut que le lecteur attende qu'il y soit revenu. On soupçonne que M. Cunningbam a fait une peinture un peu trop brillante du pairidis du Sud y si digne , dit-il , d'être habité par de pures intelligences j c'est-là, suivant lui, que la terre in- vite le cultivateur à venir former son établisseuient , plutôt qu'aux Etats - Unis ou au Canada : les raisons sur les- quelles il fonde cette préférence sont au moins spécieuses. 11 fait remarquer que, dans l'état actuel des établissemens européens, l'émigrant qui veut choisir un emplacement dans l'Amérique du Nord rie peut plus en trouver qu'à i,ooo milles de la mer ^ que les terres y sont vendues , et non concédées ; que les produits de la culture ne peuvent être échangés sur les lieux , ni à proximité , et qu'il faut les transporter, à grands frais , à une place de commerce très- éioignée. A la iNouvelle-Galles du Sud , l'acquisition d'un vaste domaine , à i5 milles auplus des cotes, peut être obte- nue sans difficultés et presque sans fiais : cela est vrai 5 mais ce que M. Cunningbam dit des possessions anglaises dans l'Amérique du Nord manque d'exactitude. Il y a certaine- ment de très-bonnes terres à vendre, à très-bas prix, dans la Nouvelle-Ecosse , le Nouveau-Brunswik, à portée des côtes du Golfe, ou des bords du fleuve St. -Laurent, à une dis- lance qui n'excède guère le vingtième de celle qu'il faut franchir pour se rendre à Sydney (i).
L'Amérique est couverte d'épaisses forets où les voitures
(') ^ tjycz, , tlans noire iG*= num»Mo, un article sur les avantages con>- parcs de rcmigralion dans l'Auslralie, les Ktats-Unls et le (Canada.
A LA aOUVELLE-GALLES DU SUD. 78
lie parviennent que difficilement à s'ouvrir un passage, au lieu que, dans la Nouvelle -Galles du Sud, les arbres sont si clair-semés qu'on peut y conduire un chariot dans toutes les directions : cette disposition du sol est fort com- mode pour les' nouveaux colons. En Amérique , il faut des provisions pour nourrir le bétail pendant Thiver;, dans l'autre pays, les pâturages fournissent, en tous tems, une nourriture assez abondante. Un autre avantage que les cul- tivateurs trouveront dans la Nouvelle-Galles du Sud, c'est que les bras n'y sont pas aussi rares qu'en Amérique, ni le travail aussi cher. Ajoutons enfin que le climat de cette colonie est d'une salubrité remarquable, si bien que, sui- vant jM. Cunningham, on n'y est exposé qu'à des rhumes, et qu'on n'y redoute ni la petite vérole, ni la rougeole, ni aucune sorte de fièvres. \oilà , sans contredit, le plus pré- cieux des privilèges de cette contrée , et ce qui Télève fort au-dessus de l'Amérique et même de l'Europe.
Il V a lieu de penser que M. Cunningham n'a rien omis de ce que l'on peut dire en faveur de sa terre de prédi- lection^ mais il n'a pas pris la peine d'être juste envers les pays auxquels il la compare, et sa partialité est trop évidente lorsqu il parle des Etats-Unis. On ne terminera jamais les discussions relatives aux lieux vers lesquels il serait le plus convenable de diriger l'émigration , si l'on s'obstine à mettre en présence ou en opposition des objets qui n'ont entre eux aucune analogie, et auxquels il est im- possible d'appliquer une mesure commune. La santé est un très-grand bien, sans doute ^ mais dans plus d'un cas, on en céderait quelque peu si l'on pouvait se débarrasser, à ce prix, d'un voisinage désagréable. Rappelons, en faveur de l'Amérique , la majesté de ses fleuves , les beaux sites qui environnent ses lacs, ses vastes prairies entrecoupées de forêts d une verdure magnifique. C'est dans ce continent
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que loul semble iiivilcr l'iiommc à se livrer à l'agriculture; la Nouvelle-Galles du Sud est mieux disposée pour un peuple de pasteurs. Pour cette deruière contrée, les inconvéniens de la distance disparaîtront un jour 5 la race européenne ^e répandra dans l'Océanie (i), dans l'Archipel Oriental , sur le continent de l'Asie ; des relations seront établies avec l'Amérique, parvenue alors à un haut degré de civilisation : la Nouvelle-Galles du Sud pourra se passer de l'Europe ; et , si quelque révolution intérieure du globe ne vient pas altérer la salubrité de son climat, charger son atmosphère de nuages , la rendre obscure et humide durant une partie de l'année, comme en Amérique et en Europe, les éloges que notre voyageur prodigue aujourd'hui à ce pays cesse- ront probablement d'être une exagération.
Une nation composée d'élémens qui se repoussent mu- tuellement ne peut être long-tems paisible , et son enfance est presque toujours l'époque de ses plus grandes agita- tions. La ville de Sydney n'a point été exceptée de cette sorte de loi générale -, les haines de parti , enflammées par des journaux incendiaires, y sont parvenues au plus haut degré d'exaspération. Dans l'Australie, la population est partagée en deux grandes classes, celle des émigrans volon- taires et de leurs descendans , et celle des déportés rendus à la liberté. Les premiers sont connus sous la singulière déno- mination àHllégilimés'y les autres, au contraire, sont légiti- més^ parce que c'est par l'autorité des lois qu'ils sont arrivés dans la colonie, sans examiner comment cette autorité fut exercée sur eux. Comme dans tous les partis et dans les sectes religieuses , la même bannière réunit des troupes ,
(1) Note du Tr. Nous avons déjà dit que l'Océaniccst une division nou- vcllcmenl introduite pai les f^cographcs , cl qui comprend les îles de l'Ar- cliipel Oriental, celles de la Polynésie, la Nouvelle-Hollande, etc. Voyez le Tableau statistique de l'Australie , dans notre 'j8e numéro.
A LA NOrVELLF.-GALLES DU SUD. '"5
peu (l'accord entre elles, el qui vienneiil quelquefois aux mains : les émigrans ont leurs exclusifs ( exclusionists) , qui repoussent avec horreur toute proposition de rappro- chement entre ceux qui sont venus au nom de la loi , et les spéculateurs qui ont choisi librement cette colonie de la Grande-Bretagne , comme un lieu convenable au dévelop- pement de leur industrie. Une autre opinion tout aussi exclusive domine parmi les déportés devenus libres-, ils regardent la colonie comme un établissement fait pour eux , comme le patrimoine commun de tous ceux qui y seront amenés, comme ils le furent eux-mêmes, et sup- portent avec peine l'usurpation de ce qu'ils croient leur appartenir légitiinement. Cependant, une secte de confu- sionistes s'est élevée parmi les colons : elle provoque la réu- nion générale et des alliances entre les partis^ elle voudrait que des liens de famille pussent mettre un terme aux que- relles et aux violences dont on n'a que trop souvent l'affli- geant spectacle. Ces hommes raisonnables sont l'objet de l'animad version de tous les exaltés. Les diverses nuances de ces opinions principales forment autant de subdivisions dont chacune prend ou reçoit un nom qu'il faut ajouter à la liste des partis. Dans cette classification, établie par les passions haineuses, chacun garde soigneusement son rang et les opinions qui le fixent. C'est ainsi que, dans nos co- lonies du nord de l'Amérique, le descendant de l'un de ces chevaliers qui exploitent les grandes routes ne daigne- rait pas s'asseoir à la table où il reconnaîtrait un homme d'une naissance moins illustre, issu d'un fantassin de la même bande : et celui-ci traiterait avec aussi peu d'égards la postérité d'un simple coupeur de bourse. Ces préjugés sont tellement enracinés, qu'ils ne cèdent pas même à l'imposante majesté des richesses , si humblement vénérée de tous les peuples qui ne sont plus barbares. A Sydney j.
hQ VOYAGE
un émancipé pw , c'est-à-dire qui n'a reçu aucune répri- mande des magistrats depuis qu'il est rentré dans la vie civile, n est pas moins jaloux de sa dignité, qu'un colon de la Jamaïque ne peut l'être de la blancheur de sa peau. Celui-ci reconnaît, jusqu'à la cinquième génération, les faibles nuances de jaune, introduites par une très-petite portion de sang africain j et, lorsque ces traces ont disparu, il cherche autour des ongles, et sur des parties du corps qu'on ne nomme point, les marques de la bête , taches 1
presque imperceptibles , qu'un œil exercé peut seul décou- vrir. Le sévère émancipé pur, plus raisonnable que le créole des Antilles , quoiqu'il ne le soit pas encore assez , fuit toute alliance et toute relation avec un condamné relaps , émancipé impur : M. Cunningham rapporte , à ce sujet , une anecdote assez plaisante.
(( Des émancipés purs étaient réunis dans un festin pu- blic. Tout-à-coup un bruit épouvantable ébranle la salle ^ on avait découvert un homme qui déshonorait l'assemblée -, l'indignation se propage comme la commotion électrique : des cris à la porte l se font entendre de toutes parts. L'homme qui était la cause de tout ce vacarme, voyant ap- ])rocher l'orage, prend sur-le-champ son parti : il gagne lestement un bout de la table , entortille un coin de la nappe autour de son bras, met son potage sous ce retran- chement improvisé avec adresse, et le mange, bien résolu, en cas d'attaque, d'entraîner dans sa retraite et la nappe et tout ce qu'elle portait. » Il paraît que Xc^purs ne furent pas d'avis de se passer de dîner.
Notre voyageur attribue à une imprudence du gouver- neur Macquarie l'origine de la secte politique des ex- clusifs. Cet homme de bien , considérant la déportation comme une peine correctionnelle, et, par conséquent, comme un moyen d'améUoration morale, commenta, dans
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Iesensreligieux,rlesacles de prudence humaine et de philan- tropie -, il vit, dans les condamnés que la loi débarrassait de leurs chaînes, des âmes qui avaient traversé les flammes purifiantes du purgatoire -, il voulut leur faire goûter les dé- lices du paradis. Il résolut, en conséquence, de les relever à leurs propres yeux, en leur faisant occuper une place plus éminenle dans la société. Il s'aperçut bientôt qu'il s'était trompé, et fit quelques tentatives peu fructueuses pour diminuer les mauvais effets de sa méprise. Les pas- sions extravagantes qu'il avait soulevées ne s'apaisèrent pas sous le gouvernement de son successeur, Sir Thomas Brisbane : et même, si M. Cunningham s'est expliqué assez clairement sur ce point essentiel, on dira que l'œuvre commencée par M. Macquarie fut terminée sous le gou- vernement du général Darling , successeur de Sir Thomas \ le caractère moral des déportés libérés s'éleva de plus en plus, prit de la dignité, et acquit des droits réels à l'es- time. Notre voyageur rend à cette classe d'hommes un témoignage très-honorable.
« Ils sont la partie la plus industrieuse et la plus active de la colonie. Ils possèdent toutes les distilleries, presque toutes les brasseries et une grande partie des moulins. Je n'ai jamais entendu dire qu'aucun d'eux fît un commerce interlope , au lieu que ceux qui prennent la qualification ôi^ hommes libres , parce qu'ils sont venus volontairement et à leurs frais , sont fort enclins à violer les lois de la colonie ou celles de la probité. Plusieurs des premiers négotians m'ont assuré que la majeure partie des affaires sont entre les mains des émancipés , et qu'ils s'en acquittent à la satisfaction générale. Si l'on doutait que leur conversion morale fût sincère et complète, il flmdrait au moins re- connaître que la crainte des lois dont ils ont éprouvé les rigueurs , et le sentiment de leur propre intérêt , mieux compris, suffisent pour les retenir dans la bonne voie. »
^8 VOYAGE
Peu importe, suivant nous, que ces hommes soient réellement honnêtes, par principes et par l'impulsion de leur conscience, ou qu'une force supérieure les contraigne à se conduire honnêtement^ dans Tun et Taulre cas, les intérêts de la société sont également conservés. Notre vovageur affirme qu'un étranger sera plus souvent trompé dans les boutiques de Londres, que dans celle d'un éman- cipé à Sydney. Ce dernier a le plus grand intérêt à con- server sa réputation intacte^ il sait qu'une mullitude de malveillans l'observe, et que ses mépiises passeraient pour des friponneries si elles étaient à son profit. Il marche donc avec prudence dans la voie étroite où il se trouve et ne cherche point à s'enrichir plus promptement par des bénéfices que la probité n'approuverait pas. L'habileté , l'ordre et l'assiduité au travail, sont les moyens de succès dont il se contente , et c'est ainsi qu'un petit capital lui suf- fit pour acquérir une honnête aisance , et une considéra- îion bien méritée.
a Quelques individus, qui ont commencé par conduire des tombereaux ou servir les maçons, sont parvenus, après quinze ans de travail , à la plus haute fortune que l'on puisse accumuler dans ce pays : on me croirait difficile- ment, si j'énonçais la somme à laquelle on porte leurs re- venus. Plusieurs d'entre eux étaient venus dans la colonie avec les plus mauvaises notes du ministre de l'intérieur, ou du tribunal qui les avait condamnés (i).
(i) Note du Tr. On sait depuis long-tems que des Anglais, re'duits à la misère dans leur patrie , et désespérant d'en sortir par des voies hono- rables, commettent quelque délit peu grave pour obtenir d'être condamnés à la déportation , et transportés à la Nouvelle-Galles du Sud, aux frais du gouvernement. Ces nouveaux babilans de la colonie ont l'ame saine , exempte de toute souillure d'un crime réel : leur bonne conduite les remet bientôt à la pl.ice qu'ils doivent occuper dans une société bien réglée. Cetle observation que M. Cunningliam n'a pas faite , explique , au moins en t^randc partie , les phénomènes moraux (jue la classe des cinancipés a mis sous les yeux de ce voyageur.
A L\ ^'OtVELLE-GALLES DU SUD. nà
M Ces hommes arrivent à Sydney avec une étonnante aptitude pour les affaires, et obtiennent , en peu de tems , des succès qu'ils n'auraient pu obtenir dans tout autre pays. Presque tous ont des facultés naturelles ou ac- quises^ dont ils n'avaient fait usaj^e que pour le mal : ils apprennent , au lieu de leur déportation, à mieux employer leurs talens, et pour eux-mêmes, et pour les autres. Ins- truits par une dure expérience , ils recommencent leur carrière, ou, pour mieux dire, ils v entrent pour la pre- mière fois, car les aberrations de leur début doivent être oubliées. Tels que des arbres transplantés dans une terre qui leur Convient, ou que ces peupliers dont parle le psal- miste, arrosés continuellement par le fleuve qui dépose leur semence sur ses bords , ils croissent à vue d'œil dans ce pays si abondant en ressources, et répandent autour d'eux un ombrage aussi agréable que salutaire. »
L'esprit de parti connaît bien le pouvoir des noms, et il les multiplie , afin d'augmenter en même tems les divisions dont il profite. Le paveur du ^3^ régiment, homme d'un esprit railleur, s'avisa àe, wovaxnev sterling s les soldats nés en Angleterre, et currencjs^ livre sterling d'échange qui était alors en baisse, les soldats nés dans la colonie : ces dc'uominations s'étendirent à tous les Anglais et à tous les créoles, sans distinction d'état ou de profession, et se main- tiennent encore, mais elles ne sont point offensantes pour les uns, ni un titre d'honneur pour les autres, a Les currencys des deux sexes, dit notre vovageur , sont une race remar- quable, intéressante, et qui fait bien penser du pays qui l'a produite. Leur taille haute et svelte , et la rapidité de leur croissance, les ont fait comparer à une tige de blé. Ils ont , comme les anciens Goths , une belle chevelure , les yeux bleus, le teint blanc et un peu pâle. Les jeunes femmes perdent leurs dents de très-bonne heure, comme en Amé-
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rique, ce qui lient peut-être à leur manière de vivre, et changerait au moyen d'un autre régime. D'ailleurs, ils n'ont rien conservé des vices de leurs parens -, l'ivrognerie est inconnue parmi eux, et leur honnêteté a passé en pro- verbe. Ils sont extrêmement attachés à leur terre natale , au point que ceux qui ont eu l'occasion de venir en An- gleterre ont noté, comme un des momens les plus dé- licieux de leur vie, celui de leur départ pour retourner dans leur pays. Ils ne pouvaient supporter l'air épais et enfumé de Londres, accoutumés, comme ils le sont, à l'éclat d'un ciel sans nuage, à l'atmosphère la plus pure que l'on connaisse. Une jeune fille , dont on avait excité la curiosité par une description de la capitale de la Grande- Bretagne , interrogée si elle voudrait faire un voyage dans ce pays où l'on voit tant de belles choses : (c Oh non! dit- elle ingénument , il y a trop de voleurs. » Elle en jugeait par le nombre des déportés qui arrivent annuellement à Sydney. )>
Dans toutes les circonstances où l'homme peut montrer ce qu'il vaut , faire preuve d'esprit , de courage , des qua- lités les plus dignes d'estime , le sterlmg est au-dessous du currencj. Jamais le facétieux payeur ne fut aussi malheu- reux dans ses plaisanteries.
L'influence du climat de la Nouvelle-Galles du Sud sur la constitution physique des individus qu'on y transporte, est tout-à-fait surprenante. On a remarqué depuis long- tems que les prostituées des grandes villes sont presque généralement stériles^ à cette autre extrémité du monde, en changeant de conduite, elles deviennent mères de nom- breuses familles. Des femmes mariées, qui, en Europe, avaient perdu l'espoir de voir de nouveaux fruits de leur union, ont retrouvé leur fécondité après une longue tra- versée et quelque séjour dans la colonie , quoique le tcms
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qui s'était écoulé les rapprochât de plus en plus du terme où celle faculté cesse naturellement. Cet admirable pou- voir du climat n'agit pas seulement sur l'espèce humaine-, il influe de la même manière sur les animaux dont l'homme se fait suivre, dans toutes ses migrations : à la Nouvelle- Galles du Sud , ils deviennent plus féconds, plus grands et plus forts. Celte observation est confirmée et développée par M. Dawson, directeur de la Coinpagnie Australienne d A- griculture : a On ne peut contester, dit-il, que le climat et le sol ont leur part d'influence sur la qualité des toisons et sur celle des animaux en général. Ces qualités peuvent varier entre des limites que les circonstances locales font reconnaître , en rapprochant ou en éloignant chaque espèce de la perfection dont elle est susceptible. Il paraît que les herbes de ce pays sont plus nutritives qu'on ne le croi- rait au premier coup-d'œil -, et, quant au climat, je ne crains pas d'affirmer, au risque de me donner la mauvaise réputation d'être un homme à paradoxes , que l'on doit attribuer à cette cause puissante le perfeclionnement pro- digieux des races de chevaux et des animaux domestiques dans la Nouvelle-Galles du Sud. )>
On ne peut penser que le sol et ses productions aient aucune part à ces résultats extraordinaires, car, suivant le rapport de M. Dawson lui-même , toute la contrée est très-peu fertile , et n'égale pas même, aux yeux d'un agro- nome, certaines parties de l'Europe où la terre ne récom- pense point les cultivateurs les plus intelligens et les moins avares de leurs peines. Mais le bienfaisant climat de l'Aus- Iralie rétablit et conserve la santé de chaque individu, dé- veloppe toutes les facultés que son organisation comporte, perfectionne ainsi les générations, et, par ce moyen, les espèces. Tl ne les change point , n'ajoute rien à leur taille ni à leur force-, on peut dire qu'il nagit point , au lieu XVI. 6
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que , dans presque tous les autres lieux , le climat n'est que trop actif, et que, par celte activité même, il allère plus ou moins la santé.
Si, dans quelques siècles, ou même plus loi, l'Australie est entièrement occupée par une nation noml)reuse et puis- sante, elle dominera sans doute tout l'archipel oriental ^ et, si rambition s'empare de ce peuple , aucun de ses voi- sins n'est en état d'arrêter ses conquêles. Pour atteindre ce degré de puissance et de prospérité , c'est à l'éducatioii des bestiaux, bien plus qu'au labourage, que la colonie devra s'attacber. Toutefois , nous ne doutons point que les judicieux Australiens ne fassent mieux que d'étendre leur domination par des conquêtes, à la manière des pe'iples barbares : ils préféreront sans doute porter la civilisation et ses bienfaits dans les îles de la Polynésie, si nombreuses , si belles , si fertiles. Que celle intéressante colonie accé- lère donc encore, s'il est possible, ses progrès déjà si ra- pides j qu'elle se bâte, pour le bien de l'humanité ! M. Cun- ningbam la suit pas à pas, depuis le moment où , sur la terre qu'elle occupe, quelques cabanes mal construites annonçaient seules la présence de l'homme et d'une société naissante : sa chronologie est présentée dans un tableau qui ne manque point d'originalité ^ nous allons en faire l'extrait.
(( Le premier débarquement dans TAuslralie eut lieu le îi6 janvier 1788. L'année suivante, on moissonna pour la jp/'em/èrefoisàParamalta^ en 1790, le y^remie/' colon volon- taire , James Reese, prit possession de son terrain ^ en 1 79 1 , douze prisonniers furent placés sur les bords de la rivière Hawkesbury , et en 179^ , ils fournirent 1,200 boisseaux de blé^ en 1796, la/^re/?«'è/e comédie fuljoué j en i8o3, on im- prima la première gazette , et la même année fui signalée par \e premier suicide : un détenu se pendit dans sa prison.
K LA NOUVELLE-GALLES DU SUD. 83
en i8o5 , le premier navire construit dans la colonie fut lancé à la mer-, en 1806 première inondation de l'Haw- kesbury^ en 1810, premier cadastre et dénombrement de la population ; les rues de Sydney eurent des noms, et des marchés furent établis , à jour fixe , chaque semaine-, on assista aux premières courses de chevaux -, en i8i3 , on tint la. première foire à Paramatta ^ en 181^, la prem,ière banque fut établie ; en 1818, le tribunal jugea le piemier déporté coupable d'un nouveau crime-, en 1820, on mit en vente le premier tabac cultivé et fabriqué dans la co- lonie^ en 18^5 , un ouvrage fut analysé dans une première Revue, ce qui, à notre sens, intervertit l'ordre naturel et fait arriver beaucoup trop tôt des travaux littéraires par lesquels on aurait dû finir. Ce fut la même année que le tribunal eut à prononcer pour la première fois sur un adultère {crim. con.). Enfin, Tannée 1826 est l'époque du prem.ier concert.
» A la vue de ce que 1 on a fait dans cette colonie, depuis son origine , on ne peut refuser son admiration à la pru- dence et au courage qui surent exécuter de si grandes choses. Dans lecourtintervallede trente-huit ans, une popu- lation européenne de 4o,ooo individus occupe un territoire de 200 milles carrés, dans une contrée où l'homme, pres- que aussi sauvage que les animaux, n'avait pu établir son empire. Une administration régulière, des tribunaux, une police bienveillante et sage, tout ce qui constitue un bon gouvernement se trouve réuni pour le bonheur de cette colonie. Les animaux domestiques de l'Europe y étaient inconnus : on y compte aujourd'hui 200,000 moutons , 100,000 têtes de gros bétail, et plusieurs milliers de che- vaux. L'homme s'y est environné de tous les animaux qui lui sont utiles ou agréables, et tous y ont prospéré aussi bien qp.e leur maître. Cette terre qui, trente-huit ans au-
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paravant, n'avait jamais produit un seul épi de blé, en fournit annuellement 5o,ooo boisseaux , à une seule dis- tillerie -, 34 moulins , dont 4 sont mus par la vapeur, 10 par des chutes d'eau , 18 par le vent et 2 par des manèges, con- vertissent les blés du pays en excellente farine. Deux grandes distilleries fabriquent annuellement , avec l'orge et le maïs de la colonie, 100,000 gallons ( 4oo,ooo pintes) d'eau-de-vie très-pure. Treize brasseries sont alimentées par les grains du pays, et leur aie, ainsi que leur bière , peut soutenir la concurrence des anciennes et magnifiques brasseries de Londres \, 8,000 tonneaux de ces boissons fournissent annuellement tout ce qu'il en faut pour la consommation.
)) En trente-huit ans, une ville a été bâtie dans un désert, bien loin du monde civilisé ; des chars parcourent ses rues ^ des droits légers, perçus sur les marchandises et aux en- trées, produisent un revenu de près de 2,000 liv. sler. (5o,ooo fr. )^ une chambre de commerce, des compa- gnies d'assurances, deux banques très-occupées, et dont le dividende s'élève jusqu'à 4o pour 100 de leurs capitaux-, une feuille hebdomadaire , et deux autres qui paraissent deux fois la semaine , toutes remplies de nombreuses an- nonces , voilà ce qui atteste la prospérité de cette ville extraordinaire et celle de tout le pays. »
Suivant M. Cunningham , le commerce ne s'est déve- loppé dans ce pays que depuis six ans-, et, depuis ce tems, au lieu de n'occuper que 3 vaisseaux , il lui en faut 24 pour le transport des émigrans, de leurs propriétés et de leurs cargaisons évaluées à 200,000 liv. st. Les exporta- tions qui consistent en laines, peaux et cuirs, huiles, bois de construction, nacre, etc., emploient annuellement 17 navires, dont la cargaison est évaluée à plus de 100,000 l. st. Le commerce avec les Indes et la Chine se fit d'abord avec
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6 ou n vaisseaux, dont le nombre, toujours croissant, est aujourd'hui de 16 : on estime qu'ils importent annuelle- ment pour 200,000 liv. st. de thé, sucre, vins, tahac , toutes choses que la colonie peut s' approprier et tirer un jour de son propre sol, dit notre vovageur. Il assure que la canne à sucre réussit très-hien sur les bords de la ri- vière di Hastings f qui porte ses eaux dans le port Mac- quarie, et qu'après des essais satisfaisans qui ont donné de beau sucre et d'excellent rum, on s'était déterminé à exploiter cette nouvelle branche d'économie rurale. En 1826 on vovait déjà une plantation de cannes à sucre , de 90 acres d'étendue. Ces plantations , ainsi que celles de la vigne et du tabac, prospéreront certainement dans une lie immense dont une partie est dans la zone torride, et dont l'autre atteint la latitude de Séville. Quant aux entre- prises pour la culture de Tarbuste et des plantes qui servent à la préparation du thé, il est très-vraisemblable qu'elles échoueront à la Nouvelle-Galles, comme dans beau- coup d'autres lieux où ces essais n'ont point répondu aux espérances que l'on avait conçu trop légèrement. On sait aujourd'hui que la cueillette et la préparation des diverses sortes de thés ne peuvent être confiées qu'à une industrie minutieuse, acquise par une longue routine, exercée par des individus qui se contentent du salai» e le plus modique. Ce sont des travaux que Ton ne peut faire en grand , qui n'exigent presque point de force , et qui conviennent aux mains les plus débiles, dirigées par une intelligence très- médiocre : il faut laisser les exploitations de celte nature aux Indes et à la Chine, où l'ouvrier consomme très-peu, où la population est surabondante et la main d'oeuvre au rabais. Ajoutons que l'arbrisseau qui fournit le thé (thea sinensis) paraît être du nombre de ceux qui n'acquièrent les qualités qui les font estimer que dans quelques lieux
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privilégiés, et par riiifluence d\ni clinial que l on ne peut transporter avec eux. C'est ainsi que le café d'Arabie est encore supérieur aux diverses colonies qu'il a (brmées dans des lieux que Ton aurait crus plus propres que l'Yemen à développer et perfectionner l'arôme de ce fruit.
Mais, parmi des exploitations auxquelles des spéculateurs intelligens peuvent se livrer dans la Nouvelle-Galles du Sud, la plus avantageuse est celle des laines fines. C'est à M. Mac Arthur que la colonie doit la race des moutons qui fournit ces précieuses toisons. L'importation ne fut cepen- dant que de trois brebis et d'un bélier, de race espagnole pure; la postérité de ces quatre animaux forme actuelle- ment un troupeau de plus de 2,000 individus, et, depuis quelques années, le propriétaire vend annuellement 4o bé- liers , au prix de i^ liv. st. par tête. Ce colon , plein d'ac- tivité et d'intelligence , a successivement agrandi son do- maine, et possède actuellement plus de 3o,ooo acres de terre équivalant à la superficie d'un carré de 7 milles de coté. Tout ce terrain est d'une seule pièce , et s'étend de- puis les bords fertiles d'une rivière, jusqu'au sommet des hauteurs qui forment la vallée : ainsi, on y trouve réunis tous les agrémens des possessions rurales ; des eaux , des plaines et des coteaux boisés, et partout des pâturages où les bestiaux trouvent en tout tems une nourriture abon- dante et substantielle. M. Mac Arthur élève aussi des che- vaux et du gros bétail-, il cultive les fruits de l'Europe ; un grand vignoble lui fournit un vin qui vaut, dit-on, le meilleur Sauterne; il a introduit les fourrages de I'Fai- rope : enfin, à l'imitation des hautes classes de l'Angle- terre, il a une meute, et le pays n'est pas sans agrémens pour les chasseurs.
Une des plus importantes découvertes que l'on ait faites, dans la Nouvelle -Calles du Sud, est celle d'un passage à
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travers les Montagnes Bleues, que Ton avait crues tout-à- fait inaccessibles. La population , déjà trop pressée à Test de cette chaîne, s'est écoulée comme un torrent, dès que la digue qui la retenait a élé rompue; elle s'est répandue sur les belles plaines de l'est , et c'est maintenant de ces ha- bitations transalpines que l'on tire la plus grande partie des laines envoyées en Angleterre. C'est là que la ville de Ba- ihurst s'est élevée, comme par enchantement, au milieu (Tune plaine légèrement ondulée , et propre à presque toutes les cultures, mais disposée , et comme destinée par la nature à fournir les meilleurs pâturages. Une fermière y fait actuellement un fromage qui vaut presque celui de Chester, et elle s'élèvera promptement, par cette seule in- dustrie, à l'une de ces hautes fortunes dont la Nouvelle- Galles a ouvert la source. Outre une société littéraire et une académie où l'instruction des collèges n est pas re- gardée comme suffisante, et où les sciences commerciales sont enseignées à la jeunesse , Bathurst possède une com- pagnie de chasseurs : les membres de celte compagnie ont un uniforme très - élégant ; et, en général, les ai- sances, les recherches du luxe et les douceurs de la vie sociale, ont franchi les Montagnes Bleues avec les premiers habitans qui vinrent s'établir sur cette terre de délices. L'air de Bathurst passe pour le plus sain que l'on puisse lespirei' dans ce pays, renommé pour la salubrité du cli- mat. «De tous ceux qui ont fondé cette ville ou qui sont venus l'habiter, dans l'intervalle de douze ans, aucua n'avait payé le tribut à la nature, avant 1826 ^ et, cette année même, la mort se contenta d'une seule victime. » On trouvera sans doute, en d'autres lieux, des positions non moins avantageuses que celles de Bathurst. Notre voyageur a vu, avec satisfaction, que les habitans ne cherchent point à concentrer la population sur quelques points, qu'ils se répandent sur le territoire, eltendentàroccuperde proche
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en pi oche. Déjà quelques élablissemeiis se sont formés vers le sud, et bientôt ils pourront entretenir une correspon- dance régulière et prompte avec la colonie fondée dans la terre de Van-Diémen. Le port Western est actuellement occupé, et, quoique le sol soil assez médiocre autour de cette baie , les reconnaissances poussées dans l'intérieur donnent l'espoir que les cultures pourront s'y établir aussi avantageusement qu'aux lieux où elles ont répondu aux vœux des cultivateurs. On a la certitude que cet établisse- ment lointain cessera bientôt d'élre isolé , et que des habi- tations intermédiaires , peu distantes les unes des autres, garantiront des communications avec la capitale de la co- lonie. On s'est aussi assuré, par des établissemens capables d'une bonne défense , la paisible possession des baies de Jarvis et de Baleman : on s'est rendu maître, par les mêmes moyens , de V Entrée du roi Georges, près du cap Leuwin, position qui commande le détroit de Bass, et peut être considérée comme la clef de ce passage. Dece lieu jus- qu'à la rivière des Swan(i), sur la côte occidentale^ on ren- contre de belles plaines aussi fertiles que celle de Balhurst, mais plus diversifiées, assez bien arrosées et moins dé- pourvues de grands arbres. Il y a même, sur le penchant des collines, des forêts qui peuvent fournir des bois de con- struction de grandes dimensions et bien supérieurs à ceux quel'on exploite sur la côteoppcsée.Delarivièredes Svvan, les habitations s'étendront vers le nord , et atteindront bien- tôt le Tropique^ puis elles se mettront en relation avec la colonie de l'île Melville, sur la côle du nord, établissement qui s'est étendu et fortifié par l'occupation de quelques îles à l'est (2). Ces nouvelles extensions de la colonie , sur les
(•) Rivière des Cognes.
(2) Voyer , dans noire 'i^ numéro , une notice sur cel établissement ilont U création est .toute re'ccnte.
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côtes du nord, sont fortement recommandées par quel- ques spéculateurs qui espèrent enlever aux Hollandais une bonne partie d'un commerce très-profitable que ces habiles concurrens font depuis long-tems avec la Chine, c'est celui du trepang^ dpnt les Chinois font une grande consom- mation ; mais cette exploitation ne peut être faite avec pro- fit que par des Malais, très-habiles pécheurs, les seuls que l'on ait employés jusqu'à présent pour l'extraction du tre- pang. Il faudra donc tirer de Singapore quelques-uns de ces hommes défians et peu sûrs; et, pour n'être pas exposé à les perdre: il sera indispensable d'amener leurs familles avec eux, on ne pourra se passer non plus de quelques- uns de ces Chinois, établis dans les îles asiatiques, inter- médiaires employés communément dans le nouveau com- merce qu'on veut établir : ainsi, la côte nord de l'Australie serait livrée, en grande partie, à deux races d'hommes peu dignes d'estime , et l'on introduirait , au milieu de la belle population qui se répand si heureusement dans cette vaste contrée , un mélange qui la déparerait s'il ne l'altérait pas !
La Compagnie d yigricultiire Australienne n'est point une réunion d'agronomes, mais une association de spécu- lateurs qui ont obtenu la concession d'un million d'acres de terre autour du port Stepliens , sur la côte orientale. Cette partie du territoire de la colonie est représentée comme l'une des meilleures, et l'établissement de la Com- pagnie s'élèvera bientôt au niveau de Sydney, si même il ne surpasse point cette capitale. Aux concessions qu'il avait déjà faites, le gouvernement vient d'en ajouter une d'un très-grand prix ^ c'est une partie de mine de charbon de terre, dont 5oo acres deviennent la propriété de la Com- pagnie, et seront exploités régulièrement par des ingé- nieurs et des ouvriers tirés de Newcastle. Ces mines ont
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fait toiicevoirdès à présent les plusbrillaiites espérances; ou calcule déjà qu'elles approvisionneront Sydney et les ports de la colonie, qu'elles permettront rétablissement d'une navigation à vapeur fort étendue , et que le combustible qu'on en tirera se réalisera dans tous les établissemens européens en Asie, en Afrique et dans l'Océanie. Ces ri- chesses minérales sont bien séduisantes; mais dès que l'on sort de Tintérieur de la terre , et que l'on jette les yeux sur les productions de la surface, en quelque lieu de l'Aus- tralie que l'on se trouve , on revient aux moutons. Il sem- ble que celte contrée soit destinée à fournir seule la laine mise en œuvre par toutes les fabriques de Tunivers. On a tout lieu de croire que les toisons australiennes seront les plus belles et les meilleures que l'on connaisse; qu'elles surpasseront, à tous égards, les laines de Saxe, et seront moins chères sur les marchés de l'Angleterre : on a calculé que le transport d'une toison, de la ferme saxonne qui est le point de départ, jusqu'au lieu d'embarquement, le fret et les droits d'entrée coûtent plus que la longue navigatioji entre la Nouvelle-Galles du Sud et la Grande-Bretagne. L'Allemagne s'apercevra bientôt qu'elle est vaincue dans cette lutte d'industrie, et qu'elle ne peut soutenir la con- currence d'un pays beaucoup plus favorisé par la nature , et non moins bien secondé par les circonstances commer- ciales.
Quant aux-iirts mécaniques, on pense bien que les Aus- traliens sont encore bornés au nécessaire, quoiqu'ils aient fait, en trente-huit ans, plus de progrès que n'en firent autrefois les colonies anglaises de l'Amérique du Nord , pendant un siècle. Aujourd'hui la Nouvelle-Galles du Sud a des fabriques de gros draps plus chers que ceux de l'Angleterre, mais plus économiques peut-être parce qu'ils durent plus long-lems. A Paramatta , les femmes détenues
A LA TNOl VETLF.-GAILES Dl SI n. gi
font d'autres élolfts de laines commLiiie>, et (quelques pièces de toile avec le Un de la Nouvelle-Zélande {phar- mium tenax). Beaucoup de colons prépareJit eux-mêmes le cuir qu'ils consomment, et font leurs souliers. Plusieurs ménages fabriquent le savon qu'ils emploient. A Sydney, des chapeliers ont tiré parli du poil de l'écureuil volant, et ils en font des chapeaux auxquels on ne reproche qu'un seul défaut^ celui de se ramollir et de se déformer lorsque l'air est humide. En général , les fabriques coloniales sont en état de pourvoir aux besoins des ménages et de la cul- ture, à des prix qui ne surpassent point ceux des mêmes objets en Angleterre. Les navires que l'on construit pour le cabotage, avec les bois du pays, ne sont pas moins du- rables que ceux qui sortent des chantiers de l'Inde, où Ion n'emploie que le bois de tek (teak).
L'aspect de la capitale atteste les progrès de l'aisance générale , et par conséquent tle la civilisation. On n'obtient aucune considération si l'on n a point un cabriolet , ou tout au moins un cheval de selle. Dans un procès crimi- nel , le juge, adressant la parole à un témoin, lui deman- dait ce que c était que M. N. « C'est un homme consi- déré... — Qu'entendez- vous parla? — Il a un cabriolet. » Le service de la poste aux lettres est assuré et régulier dans toute la colonie. Des relais de postes sont établis sur le.> routes principales ; des voiturespubliques partent à jour fixe, plusieurs fois la semaine^ entre Sydney et Paramatta, les communications sont plus actives, et occupent chaque jour deux diligences. Ces soins, doniiés aux affaires, n'ont pas fait négliger la culture intellectuelle, ni les arts d'a- grément j on a des écoles bien dirigées et pourvues de bons instituteurs : celles que le gouvernement a fondées sont dotées libéralement avec des terres. Qui aurait ima- giné que la jeunesse put recevoir, à 6,000 lieues dti
TEurope, une éducalioii tout euiopéeniie ^ que les de- moiselles y auraient des maîtres de piano, de harpe, de chant, de danse? que les modes de la métropole arrive- raient, un peu tard sans doute, dans cette nouvelle con- quête de la civilisation, mais qu'elles v régneraient en souve- raines, comme dans les cercles les plus hrillans de la cour et de la ville? et, ce qui est peut-être encore plus extraordi- naire, que lanavigation et toutes les connaissances dont elle lire parti seraient enseignées avec succès dans la plus éloi- gnée et la plus récente des colonies de la Grande-Bretagne? Ajoutons qu'à Sydney les hôtels de George-Street et la taverne de la colline (Hille s Taveni,, près à^Hyde-Park, rivalisent avec ceux de Londres même, en tout ce qui peut contribuer au bien-être de leurs hôtes. Malgré ce luxe mo- derne, les divertissemens qui plaisent surtout aux Austra- liens sont ceux de la vieille Angleterre : un club où l'on n'est admis qu'au scrutin ^ des courses de chevaux deux fois par an, l'une à Sydney, l'autre à Paramatta, où l'on amène jusqu'à huit coureurs pour disputer le prix-, des soupers, des bals. Toutes les classes, même les moins aisées, ont contracté le besoin d'une grande propreté dans leurs ha- bits et sur leurs personnes , cette demi-vertu est un des traits caractéristiques de la population australienne , et fait présumer que le sentiment des bienséances y est général et délicat. « Il est rare, dit M. Cunningham, que l'homme qui soigne son extérieur soit entièrement dépourvu d'intel- ligence ou de moralité, n
On est encore réduit à trois feuilles périodiques , la Ga- zette de Sydney , V Australien et le .Moniteur. Ce dernier paraît une fois par semaine, et les autres deux fois. Comme le nombre d'abonnés, à chacune de ces feuilles, est de 65o, on imprime 3, 260 exemplaires par semaine, \j\4hnanach colonial est un ouvrage savant où l'on trouve tous les ans de-
A J.\ >OLVKLLE-aA.LLEi DU SUD. q3
très-bonnes notices sur l'agriculture et les arts. La presse coloniale est très-occupée, et livre au public une multitude d'ouvrages appropriés au pays et aux besoins de ses habi- tans. Les lettres ne sont pas négligées, et la poésie conserve tousses droits ^^on a des bardes australiens, et le recueil de leurs productions forme déjà deux volumes.
En récapitulant ce que cette colonie a fait , en considé- rant ce qu'elle est devenue dans l'espace de trente-huit ans , on est porté à croire que , dès son origine , tout était médité et préparé pour le mieux ^ que Ton n'eut point à faire d'infructueux essais, et que les circonstances furent constamment favorables : cette opinion serait fort éloignée de la vérité. Le commencement fut pénible , rebutant ^ les difficultés qu'il fallut surmonter furent effrayantes, de na- ture à ébranler les plus fermes résolutions : ce qui peut surprendre , c'est qu'on ait persévéré dans une entreprise où tout se montrait sous l'apparence la plus décourageante. Une courte histoire de la colonie, d'après le récit du gouverneur Phillips et le journal du colonel CoUins, fera d'autant plus d'impression sur nos lecteurs, que ^ jusqu'à présent, en prenant pour guide le livre de M. Cunningham, la Nouvelle-Galles du Sud leur a offert un spectacle des plus agréables.
En 1788, le capitaine Phillips quitta l'Angleterre, con- dtiisant à Botany-Bay 1,000 individus, parmi lesquels on comptait 686 déportés, dont 564 hommes et 1 22 femmes^ les autres passagers étaient des officiers, des soldats, quel- ques femmes et quelques enfans. Arrivé à Botanv-Bay, il acquiert la conviction que ce lieu n'est point un emplace- ment convenable, que ceux qui l'ont indiqué se sont laissé tromper par les prestiges d'une magnifique végétation, sans examiner si l'on y trouve en même tems tout ce qu'il faut à une ville , à la capitale d'une colonie. En se portant un peu
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plus au nord, il découvre le Potl Jackson^ que les premiers navigateurs anglais dans ces parages n'avaient point aperçu, cl il met tout son monde à terre, au fond d'une petite anse qu'il nomme Sj dnej-Cove. Son premier soin fut de faire bàlir un hôpital , car une grande partie de son monde était accablée de mrJadies. Il ne pouvait employer à ces travaux que les déportés en état de santé : ces hommes se révol- tent^ quelques-uns se retirent dans les bois, et d'autres sont reçus sur les vaisseaux de Lapérouse qui se trouvaient alors au même mouillage ^ ceux qui restent jettent leurs outils, et cessent le travail \ le désordre est au comble, et les équipages mêmes y prennent part ^ les matelots s'em- parent des eaux-de-vie, s'enivrent à bord et se battent^ la dysenterie et le scorbut font succéder à ce tems d'agitation un calme non moins funeste. Les trois quarts des débar- qués ont péri-, les bestiaux que l'on avait amenés ont dis- paru dans les bois-, les provisions sont presqu'entièrement épuisées^ une frégate que l'on attendait avec impatience, pour ravitailler la colonie , se perd sur une île de glace : un vaisseau vient enfin , mais au lieu de vivres , il débar- que 29.0 déportées dont plusieurs étaient vieilles, d'autres incapables de travail, et les autres malades. Quatre nou- veaux transports arrivèrent successivement -, l'un amenait 200 malades sur 218 individus, et, sur les trois autres, on perdit plus de 3oo déportés, quoique la traversée eût été sans accidens. Un autre transport fit à la colonie un pré- sent bien funeste -, il y propagea la fièvre des prisons. Enfin, la cause de tous ces malheurs fut connue ; les erreurs et les abus disparurent-, on ne fit presque plus de pertes pen- dant la traversée, et presque tous les individus embarqués arrivèrent en bonne santé au lieu de leur destination.
Tandis qu'il était si difficile de recruter la colonie , il ne l'était pas moins de la gouverner. Les déportés commet-
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taient de nouveaux crimes ^ il fallait multiplier les sup- plices. Des scélérats mirent le feu à la prison , et firent périr dans les flammes plusieurs de leurs compagnons dont on n'eut pas le tems de briser les fers. On les contraignit à relever l'édificie qu'ils avaient détruit ; mais, dès qu'il fut achevé, ils le brûlèrent de nouveau. Une autre fois , ils li- vrèrent aux flammes l'église, et même un magasin de grains destinés à leur subsistance. Après ces attentats, ils se reliraient dans les bois, où la faim en délivra la colonie. Ces indomptables brigands étaient, pour la plupart, des Irlandais qui avaient formé le projet de gagner la Chine , en se dirigeant toujours vers le nord : de fausses notions sur cet empire asiatique leur avaient persuadé que le trajet ne serait ni long ni difficile. L'erreur subsiste encore, dit M. Cunningham , et il raconte à ce sujet une aventure as- sez plaisante. Un déporté irlandais partit un jour tout seul, bien résolu de retourner dans sa patrie , par la route de la Chine. Après trois semaines de courses pénibles et de mi- sères, il entend le chant d'un coq ^ son cœur tressaille de joie : il approche, il entrevoit une cabane-, il croit être en Chine, ses peines vont finir. Cette cabane ressemble à celles de la JNouvelle-Galles du Sud. . . les campagnes de la Chine ressemblent donc à celles de la colonie! Cette découverte redouble son plaisir. Un Européen s'offre à ses yeux, il croit reconnaître le colonel Johnstone, il ne peut plus contenir ses transports : « Que Dieu vous conserve long- tems , colonel ! et comment votre honneur se trouve-t-il en Chine et sur mon chemin ? -» Le pauvre homme s'était fourvoyé dès le premier jour de son prétendu voyage -, et de continuels détours l'avaient ramené très-près du lieu d'où il était parti. Plusieurs de ses compatriotes croient fermement que les Montagnes Bleues sont celles du Con- nauglh, en Llande-, et pour aller revoir leur chère patrie.
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ils se dirigent au sud , parce que la verle Erin (i) est plus froide que la Nouvelle-Galles du Sud, et que, dans rhémi- splière austral , c'est du sud que soufflent les vents froids. Le mauvais succès de toutes ces entreprises ne dissipe point i illusion. Une troupe assez nombreuse s'était réunie secrè- tement et s'était donné un chef^ c'était le savant de la bande. Il avait pris, dans une boussole , la rose des vents, sans emporter Taiguille aimantée, et, avec ce papier, il était bien sûr de conduire ses compagnons jusqu'à la terre natale; mais, dès qu'on eut besoin de consulter l'instru- ment , on vit avec surprise et douleur qu'il n'indiquait au- cune direction : on en conclut que la boussole n'était d'au- cun usage dans celle partie du monde pour se diriger sur la terre ^ le projet de retour en Irlande fut abandonné.
On a fait aux premiers gouverneurs de la colonie des reprocbes trop sévères -, au lieu de blâmer leur conduite , on devait peut-être à leur dévouement des témoignages de la reconnaissance publique. Aucun bien n'est facile, avec les moyens et les matériaux qu'ils avaient à leur disposition ; et cependant ils en ont fait beaucoup. En traitant les dé- portés avec indulgence , en les délivrant de leurs cbaînes le plus tôt qu'ils le pouvaient, ils les exposaient, il est vrai, à de funestes rechutes dans le crime ^ mais ils ont introduit parmi ceux qui ont résisté à cette épreuve un esprit de corps qui fut d'abord très-utile , encouragea la bonne con- duite, rendit les délits plus rares, hors des lieux de déten- tion aussi bien que parmi les prisonniers. D'ailleurs, ils n'avaient pas assez de renseignemens sur les individus qu'on leur amenait, pour que leur indulgence rencontrât toujours les sujets qui en étaient le plus dignes : on ne leur envoyait aucunes notes sur les condamnés, sur les crimes qu'ils
(i)Noin de l'Irlande en langueFceltique irlandaise, qui . comme on sair, difTèrc totalement de la langue anglaise.
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avaient commis, sur lour vie antécédente^ de manière quon ne ponvait les classer que d'après des observations faites dans la colonie même sur chaque détenu. Cette dispositioii n'est pas changée, et M. Cunningham s'en plaint forte- ment (i).
Le voyageur observe les déportés au moment de l'em- barquement et pendant la traversée ^ le spectacle de ces mœurs hors des voies de la civilisation , et qui cependant v rentrent par nécessité , excite fortement la curiosité , et attire même les regards du philosophe. Dès que les hom- mes sont réunis à bord du bâtiment qui doit les transportei- dans l'autre hémisphère , leur premier soin est de s'orga- niser, de choisir leurs chefs et leurs officiers. Les scélérats les plus avérés obtiennent toujours le premier grade , et sont proclamés capitaines du pont : les emplois inférieurs sont aussi conférés au mérite reconnu^ les titres sont dis- cutés , et lintrigue n'a aucune part à ces nominations. Les femmes déportées se mettent également sous la direction d'une supérieure qui ait de l'âge et de Texpérience, et qui sache gouverner une jeunesse quelquefois indocile et tur- bulente. On voit toujours , parmi les hommes aussi bien qu'entre les femmes, quelques individus qui affectent une piété peu d'accord avec leur ancienne conduite 5 ils ont con- stamment leur Bible à la main, et toutes leurs paroles sont l'expression de la morale la plus pure, ou d'une dévotion poussée jusqu'à la ferveur de la vie contemplative. Ces hypocrites ne quittent pas le masque un seul instant , et meurent en conservant jusqu'au dernier soupir leurs in-
( 1) Note du Tr. M. Cunningbam se trompe ; la vie des déportes est finie dans leur ancienne patrie. Cest à une nouvelle existence qu'ils sont appelés sur la terre qu'il leur est permis d'habiter ; il convient à tous e'gards que Von n'y tienne compte que de ce que chacun aura fait dans le nouvel ordre de choses où il se trouve place. Cet usage est très-sage, très-moral , et n'a pas peu contribué aux e'tonnantes améliorations que le vovagcura observées dans la Nouvelle-Galles du Sud.
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clina lions perverses et un extérieur de sainteté. M. Cun- ningbam cite quelques exemples remarquables de ce mé- lange des vices les plus opiniâtres qui puissent dégrader Tame humaine. Il remarque surtout un infatigable lecteur de la Bible, qui fut débarqué à Sydney, atteint d'une consomption parvenue au dernier période , et qui n'atten- dait plus que la fin de sa pénible existence. Transporté mourant à l'bopital, il recommanda instamment que quel- ques-uns de ses compagnons se relayassent auprès de son lit pour lui lire les saintes Ecritures. Au milieu de ces pieuses occupations , et sentant approcher la mort , il ne perdait pas une seule occasion de fouiller dans les poches de ceux qui passaient à sa portée, et, au moment où il cessa de vivre, il venait de voler un canif. Un autre saint de même étoffe , qu'on voyait toujours avec sa Bible à la main, le nez chargé d'une paire de grandes lunettes, feuil- letant ou lisant son livre, et ne le perdant jamais de vue, débarrassa d'une somme d'argent assez considérable l'aide chirurgien qui le soignait à l'hôpital, et qui avait eu l'im- prudence d'approcher du pieux malade avec une bourse bien garnie.
Pendant la traversée, il est plus difficile de faire observer une bonne discipline sur le vaisseau chargé des femmes, que sur celui qui porte les hommes. M. Cunningham fut assez heureux pour trouver, à la tête de la cargaison de femmes qui lui était confiée, une vieille sibylle de soixante-dix ans, très-experte , et qui connaissait parfaitement le régime des prisons et des maisons de correction de la métropole; elle y avait passé quarante ans de sa vie. Quelques élèves de la vénérable M""^ Fry (i) se trouvaient au nombre des dépor- tées-, lorsque l'on fut au large, ces demoiselles firent des
(i) Note du Tr. M""' Fry est une enthousiaste sincère qui a consacre' SCS loisirs et sa fortune à t^clier de ramener les filles publiques J» des scnti- nicns honnêtes et religieux.
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papillotes avec les traités de morale et de religiou dont leur institutrice avait eu soin de les pourvoir.
On a peine à se persuader qu'il soit possible de tirer quelque chose de bon d'un tel amas de corruption morale : il semble que la contagion a dû pénétrer partout, et ne laisser aucune partie saine ^ qu'une nation, recrutée tous les ans par le rebut des sociétés civilisées , conserve néces- sairement quelques dispositions anti-sociales , et ne sera ja- mais susceptible d'une civilisation ])erfectionnée. Lors- qu'un homme, qui a bien observé cette population, vient affirmer qu'elle est plus près du bien que nous ne le sommes nous-mêmes, quelque confiance que mérite ce témoin, nous ne croyons qu'avec répugnance , et nous sentons le besoin de comparer son témoignage à d'autres dépositions également dignes de foi. Interrogeons donc un autre obser- vateur : voici ce que M. Atkinson , l'un des anciens habi- lans de la colonie a écrit dans un petit ouvrage intitulé : Etat présent des cultures et des pâturages dans la Nou- velle- Galles du Sud.
« Les premiers habilans de la colonie furent des mili- taires et des malfaiteurs déportés. Les uns et les autres devaient être assez ignorans en agriculture ^ c'étaient, pour la plupart, des citadins ou des hommes de la lie du peuple , sans aucune instruction. Jusqu'au moment où l'on en fit des cultivateurs , leur manière de vivre ne les avait pas accoutumés à la prévoyance^ le soldat en est dispensé, et le brigand renoncerait à son métier, s'il pensait, de tems en tems, à l'avenir. Ces hommes ne sentaient pas le besoin de ces commodités de la vie auxquelles nous attachons tant de prix \ ils ne recherchaient aucune sorte de considéra- tion, ni pour eux, ni pour leur famille : une nourriture grossière , des habits pour se couvrir, leurs désirs n'allaient pas plus loin: après avoir pourvu à ce nécessaire indispen-
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sable, tout ce qu'ils gagnaient au-delà se dissipait en dé- bauches. Ce n'est pas avec de tels hommes qu'on défriche et qu'on embellit un pays encore inculte, qu'on le couvre de champs, de prairies, de vergers, d'habitations propres et commodes. Celles des premiers colons sont misérables, sales, d'une apparence repoussante. Qu'ils aient commencé par se faire des cabanes d'écorce d'arbres, à la bonne heure \ mais ils y sont encore et n'ont point bâti des mai- sons de briques ou de bois. Les enfansont été aussi négligés que la ferme ^ ils n'ont reçu de leurs parens aucune édu- cation, aucun enseignement, aucun principe de religion. Qu'on n'oublie point que je ne parle que des premiers co- lons, de ceux que l'on nomme dungaris, sobriquet qu'on leur a donné parce qu'ils s'habillent d'une toile grossière de coton fabriquée dans l'Inde, et qui porte, dans la co- lonie , le nom de dungaria. Je doute qu'il ait jamais existé une population plus imprévoyante, plus méprisable que celle-là. Malheureusement, on l'a placée sur les bords de l'Hawkesbury, du Nepean, et dans le district d'Aird, de manière qu'elle possède les meilleures terres de la co- lonie. »
On croit aisément que les premiers colons et leurs des- cendans ne sont pas l'élite de la colonie ^ mais M. Atkinson ne dit point s'ils forment une partie considérable de la po- pulation totale , comme on est porté à le supposer d'après le titre de son livre. Dans ce cas, il ne serait nullement d'ac- cord avec M. Cunningham^ ce voyageur transcrit le dé- nombrement fait à la fin de 1826 , où l'on voit que, sur 36,219 individus, on en comptait 6,645 qui appartenaient à la classe de Témigrant libre, et 12,1 33 à la classe des déportés libérés. Ainsi, la population dont M. Atkinson a parlé n'est pas même les deux tiers de la population libre de la colonie. Peut-être n'a-t-il pas voulu confondre, dans
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ses considérations, la classe dont il fait partie avec celle dont l'origine ne pourra être oubliée que lorsque l'impor- tation des condamnés aura cessé.
Les élémens de cette population coloniale ne sont point dans un rapport favorable à ses progrès \ les femmes y sont en trop petit nombre. On sait que la race européenne procrée , en général , plus d'enfans mâles que de filles ^ ainsi, la population abandonnée à elle-même, acquérant annuellement plus d'hommes que de femmes, ne parvient point à la proportion convenable entre les deux sexes. Mais la disproportion augmente bien plus rapidement par l'effet de l'importation des condamnés -, car, parmi ces re- crues , le nombre des hommes est communément plus que décuple de celui des femmes. Celte inégalité remarquable entre les condamnations subies par chaque sexe tient sans doute principalement au nombre et à la nature des délits commis par chacnn : mais des causes d'une autre nature ont aussi leur part dans le résultat. En Angleterre , comme ailleurs, les femmes coupables sont traitées avec plus d'in- dulgence que les hommes , et l'équité la plus scrupuleuse ne peut en murmurer. La pitié suit la coupable dans sa prison , devant ses juges , et ne l'abandonne point lors- qu'elle est condamnée : des asiles sont ouverts à son re- pentir, elle peut y prendre l'habitude d'une meilleure vie 5 on ne désespère point de la rendre à ses devoirs , à la so- ciété , à la patrie. Ces vues et ces efforts de la bienfaisance méritent certainement l'estime de tous les amis de l'huma- nité^ mais, pour les rendre encore plus utiles , il faudrait leur faire embrasser plus d'objets à la fois , étendre leur prévoyance jusqu'à un avenir encore plus éloigné. Trop souvent des femmes , sorties des maisons de correction , rentrent bientôt après dans la carrière du vice , se font condamner à une nouvelle détention , et leur vie n'est
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qu'une succession de délits el de tliàtimens , jusqu'à ce qu'on se décide à les déporter 5 mais elles n'apportent alors à la colonie qu'une vieillesse anticipée et des habitudes perverses qu'il n'est plus en leur pouvoir de changer. Si on les avait amenées avant qu'elles eussent éprouvé les ra- vages du vice et du lems, elles auraient pu devenir mères de famille , et passer au milieu d'occupations paisibles les années qu'elles ont dissipées en débauches -, elles au- raient épargné à la société le scandale qu'elles y ont causé, et à leur vieillesse l'opprobre et la misère qu'elles ne peuvent plus éviter. On nous dit que lorsqu'une colonie anglaise lut fondée dans la Virginie , presque tous les colons man- quaient d'épouses^ le commerce y pourvut. Une première cargaison de cent cinquante demoiselles , rassemblées par des spéculateurs, fut transportée et vendue au prix courant de i5o livres de tabac pour chaque femme. Quelques mois après un armateur flamand amena , en Virginie , le pre- mier vaisseau algérien que l'on y eut vu-, c'était princi- palement de négresses qu'il était chargé. En profitant de ces exemples du vieux tems , voyons ce que l'on pourrait faire pour une colonie moderne ^ les papiers publics nous ont appris qu'une certaine entrepreneuse, établie à Bristol, ne pouvant suffire aux demandes des amateurs de ce lieu, chargea l'une de ses sœurs qui exerçait la même industrie à Londres , mais en grand , de lui envoyer un assortiment bien complet, et digne de la cité florissante qui en sentait le besoin. Nous nous garderons bien de dire que la Nou- velle-Galles du Sud n'est pas moins floiissante que la ville du Sommerselshire , et que des envois de même nature y seraient bien reçus : pour qu'il fût permis de les approuver, il faudrait avoir acquis la certitude que les infortunées sur lesquelles Oîi aurait spéculé, pour celte nouvelle branche de commerce, n'y trouveraient pas moins d'avantages que
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les entrepreneurs. Mais , ce que nous atfirmoiis sans hé- siter, c'est que ce moyen de procurer à la colonie austra- lienne le complément de femmes qui lui est indispensable est beaucoup meilleur que ce que l'on a fait jusqu'à pré- sent , et que la population y gagnerait sous tous les rap- ports, au moral comme au physique.
Il suffit de jeter un coup d'oeil rapide sur l'état actuel de la population coloniale de l'Australie pour être persuadé qu'elle est encore dans l'enfance politique , et que la tutelle de la métropole devra se prolonger jusqu'à un tems que la prévoyance humaine ne peut assigner. Des brouillons ont fait entendre un langage toujours flatteur pour un peu- ple \ ils ont prononcé le mot d'indépendance , parlé d'as- semblée législative nationale , etc. : et la nation pour laquelle ils font cette demande ne compte pas 9,000 indi- vidus libres 5 elle est éparse sur un vaste territoire , tandis que des condamnés en nombre presqu'égal sont réunis sur quelques points \ elle est composée d'élémens hétérogènes, «t qui se repoussent mutuellement ! Avant de songer à son <iffranchissement , il faut qu'elle ait cessé d'être un lieu de déportation-, que les prisons entretenues parla métropole, et remplies par les individus qu'elle y dépose , soient en- tièrement vides-, et ce qui n'est pas moins essentiel , il faut que les émigrans volontaires et les émancipés vivent en bonne intelligence et forment réellement une seule na- tion.
L'Angleterre cessera sans doute bientôt d'envoyer aussi loin ses déportés, tandis qu'elle peut former à moindres frais un autre établissement plus rapproché et plus facile à sur- veiller. D'ailleurs , les vues de l'administration sur la co- lonie de la Nouvelle-Galles du Sud n'ont pu être de la rendre telle qu'elle est devenue. Aujourd'hui, loin d'être considérée comme un lieu d'exil par une certaine classe
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de malfaiteurs, elle passe , au contraire , pour ce qu'elle est réellement, un séjour où la perte de la liberté se fait à peine sentir , où l'homme laborieux vit dans Taisance et peut arriver à la fortune. Des hommes qui auraient peut-être vécu sans reproches entrent à dessein dans la voie du crime, et se font cor.damner par spéculation , afin d'être transportés , aux frais du gouvernement sur cette terre où ils trouveront des amis qui les attendent avec impatience. M. Cunningham en rapporte quelques exemples :
« Je remarquai surle vaisseau un jeune homme de vingt- deux ans, qui allait rejoindre son père déporté depuis vingt ans au moins , et son frère aîné qui , sur l'invitation ex- presse de son père , s'était arrangé pour aller lui tenir compagnie , et l'aider à cultiver sa petite ferme. Au débar- quement , le frère aîné ne manqua point de se trouver sur le rivage , conduisant son vieux père , et, après les félici- tations , on demanda au nouveau venu des nouvelles de l'Angleterre : Quand verrons-nous arriver le cousin James.^ Ce James avait fait depuis long-tems la promesse de se faire envover dans la colonie , et n'avait pu encore tenir parole. »
Les abus de cette espèce ont un peu diminué, sous le gouvernement du général Darling : les condamnés nou- vellement débarqués ne regardent plus la Nouvelle-Galles du Sud comme une terre promise ^ mais dès qu'ils sont mis au travail , leur condition peut être enviée par un grand nombre d'ouvriers en Angleterre ; on en jugera par le dé- tail des subsistances qui leur sont fournies chaque semaine : assez de farine pour qu ils puissent en faire plus de pain fju'ils n'en consomment ^ sept livres de bœuf; deux onces de thé ; une livre de sucre et deux onces de tabac qu'ils peuvent faire remplacer par une provision de lait (pii leur est fournie chaque jour , et en abondance. Lorsqu'ils sont
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employés par des cultivateurs, on leur dccordc des jar- dins où ils peuvent cultiver des légumes. Mais le gouver- nement ne soutire point la paresse, réglant, d'ailleurs, avec équité et discernement le travail imposé à chaque condam- né. Chaque homme est pourvu d'une couchette et d'une couverture, et reçoit, tous les ans, deux habits complets. La sage administration du général Darling a déchargé l'état de presque tous les frais d'entretien des déportés-, mais aucun arrangement ne peut diminuer la dépense de leur transport -, elle est nécessairement en raison de la distance. On estime à 3o liv. st. (760 fr.) le voyage de cha- que individu au Port Jackson. M. Cunningham n'en est pas effrayé, et pense même que le gouvernement devrait augmenter les envois, dépeupler les bagnes et les pontons de tous les condamnés employés dans les ports , et les faire partir pour l'Australie, où la demande de travail est très-considérable. Ses raisonnemens sont au moins très- spécieux, et, à coup sùr^ ils sont inspirés par l'amour de la patrie et de l'humanité, a Le pain que vous donnez eii Europe à vos galériens, vous l'otez à des pauvres qui va- lent mieux qu'eux, et ces pauvres tombent à la charge des paroisses. Chaque galérien vous coûte annuellement ce que vous dépenseriez une fois pour toutes, en l'envoyant dans l'Australie , où cet homme serait à la fois et plus utile et moins malheureux. De plus, vos pauvres honnêtes au- raient plus d'occupation, et les paroisses seraient soula- gées. » On compte actuellement, dans les différens ports de la Grande-Bretagne, 2,000 condamnés, que les tra- vaux réclament à la Nouvelle - Galles du Sud -, mais tou:^ ces condamnés sont des hommes, et il ne faut pas oubliei' qu'ils sont destinés à devenir colons. Cependant, on ne paraît nullement occupé des moyens d'augmenter, dan^ la même proportion , le nombre des femmes, sans lesquelles une colonie agricole ne saurait prospérer.
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A mesure que les deux colonies de la Nouvelle-Galles du Sud et de la terre de Van-Diémen auront fait les progrès déjà si bien préparés , elles seront en état d'absorber , même plus que la déportation ne pourra leur fournir. Il conviendra , dit M. Cunningham , de réserver pour les éta- blissemens les plus lointains les bommes les plus intelli- gens, et ceux dont la conduite exige le moins de surveil- lance. Presque tous les déportés arrivent avec une petite somme ou une pacotille dont l'acquisition fut peu légale^ mais il n'est plus tems d'examiner leur origine. Ceux qui n'apportent rien peuvent faire des économies sur le pro- duit de leur travail , de manière que , lorsqu'ils sont ren- dus à la liberté , ils se trouvent en état de monter une petite ferme , ou de se livrer au commerce. Il est doux d'entrevoir dans l'avenir les grands biens dont quelques écus peuvent être la source, et le bonbeur encore plus as- suré dont une longue suite de générations sera redevable à un coin de terre et à quelques tètes de bétail.
On ne peut disconvenir que l'émigrant. arrivé dans la colonie avec une très-petite somme, ne soit dans une po- sition plus désavantageuse que l'émancipé avec la même mesure de ressource. Celui-ci connaît le pays et ses babi- lans^ il est acclimaté , accoutumé aux usages locaux et aux productions du sol : l'autre a besoin de tout apprendre et de contracter de nouvelles babitudes. En arrivant à Syd- ney, il consulte des personnes qui, trop souvent, ne se font aucun scrupule de le tromper. C'est ainsi qu'une partie de ses fonds s'évanouit entre ses mains, avant qu'il soit en état de faire un bon usage de ce qui lui reste. M. Cun- ningbam s'est plu à décrire les courses d'un nouveau dé- barqué cbercbanl un lieu convenable pour son manoir cbampétre.
(i Quand vous voulez pénétrer dans l'intérieur du pays, cl pousser vos recbercbes aussi loin qu'il sera nécessaire,
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avez un cheval de selle et un porte-manteau de toile, afin de ne pas manquer de linge pendant votre voyage. Munis- sez-vous d'une couverture pour vous envelopper la nuit ^ vous la mettrez sur votre porte-manteau. Jetez, autour du cou de votre cheval, une longe qui ne le gène point : voilà votre équipage auquel vous ajouterez un cheval de bât pour porter vos provisions. Quant à vos serviteurs , contentez- vous d'un Européen qui soit bon chasseur, surtout dans les bois, et d'un habitant du pays. Quand vous entendrez l'oi- seau qui imite si bien le tintement de la clochette du bé- lier conduisant un troupeau , dirigez-vous de son côté \ il vous fera certainement découvrir une source, une flaque d'eau, un ruisseau, choses très-précieuses dans ce pays, et dont un établissement rural ne peut se passer.
» Les colons sont généralement hospitaliers-, entrez avec confiance dans leurs cabanes, ils vous recevront de leur mieux , et partageront avec vous tout ce qu'ils possèdent : un briquet, de l'amadou et quelques allumettes, ou même une amorce, vous procureront du feu, lorsque vous bi- vouaquerez dans les forets. ^ os hommes vous mettront à couvert sous un toit d'écorces d'arbres , et vous arran- geront une couchette tolérable : prenez un bol de thé bien chaud, et couchez-vous; vous aurez passé quelquefois de plus mauvaises nuits dans des appartemens pourvus de toutes les commodités des grandes villes. \ olre fusil et une couple de bons chiens courans vous procureront en abon- dance des oiseaux de différentes espèces , et le meilleur gi- bier du pavs ; jamais chasseur européen n'aura eu sa carnas- sière mieux remplie. Préparez-vous à des aventures surpre- nantes, terribles, et, au bout du compte, réjouissantes. Au milieu d'un désert, vous entendez le claquement d'un fouet; vous supposez que vous allez voir passer une voiture , mais vous ne découvrez que le cocher emplumé, sautant de
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Lraiichc on branche, étulaiil s;i queue en éventail • et, quand vous entendrez le rémouleur en des lieux où vous seriez tenté de croire que le sauvage même na jamais pé- nétré, pourrez-vous n'être pas frappé d'étonnemenl? Vous chercherez à connaître cet être singulier ^ vaine poursuite! il est sans cesse errant , et , sans aucune volonté de vous fuir, il change continuellement de place , parce que telle est son habitude. Vous rencontrez une loge de nos bûcherons^ ils sont rangés autour d'un bon feu ^ vous prenez place et vous vous chauffez avec délices : tout-à-coup, le bruit d'une marche pesante attire votre attention *, un lourd fardeau , jeté par terre près de la porte, l'ébranlé du haut en bas^ votre oreille devient encore plus attentive , lorsque vous entendez l'étrange dialogue que voici : « Eh bon Dieu ! quel gaillard ! où donc avez- vous rencontré ce vieux garçon ? — Pardieu, répond en grommelant une voix sourde et rau- que, j'ai cru que je ne viendrais pas à bout de ce damné ^ il a fallu l'assommer à grands coups assénés sur la tête, n Immé- diatement après cette conversation peu rassurante , une fi- gure de brigand, s'il en fut jamais, entr'ouvre la porte, et se glisse dans la loge. Un énorme bonnet de poil couvre sa lèle^ sa casaque de peau de kanguarou est ensanglantée en plusieurs endroits : il promène son regard scrutateur sur chacun des individus rangés autour du feu -, et, tandis qu'il charge et allume sa pipe, il raconte , avec un sang -froid révoltant, qu'il vient de tuer un vieil homme; que, grâce à cette bonne fortune , il apporte de quoi régaler tout le monde à souper. Puis, se tournant vers vous et renforçant sa grosse voix : a Ceci vient à point pour recevoir ce gentil- homme , notre nouveau convive. » Pour le coup, vous ne doutez plus que vous ne soyez dans un repaire de canni- bales, et condamné à partager leur horrible festin , si , toute- fois, vous n'êtes pas destiné à bouillir dans leur marmite
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enfin , vous respirez ^ le train de derrière du vieil homme est sous vos yeux ; une énorme queue y est attachée ; en un mot vous reconnaissez un kanguarou , animal avec le- quel vous avez été familiarisé, dès votre arrivée dans la co- lonie. »
En effet , le kanguarou est le gibier le plus commun dans le pays , et le principal objet de la poursuite des chas- seurs. Si cet animal est à portée d'une rivière ou d'un étang , il s'y jette et peut alors soutenir contre les chiens un combat où il obtient souvent la victoire. Sur terre, il est sans défense ei ne peut échapper à ses redoutables en- nemis, dès qu'ils ont pu l'atteindre.
« Avec ses longs pieds de derrièi*e et sa queue encore plus longue , souple et vigoureuse, le kanguarou se tient debout dans l'eau, tourne avec une prestesse étonnante , inspectant tout ce qui se passe autour de lui. Ses deux pattes de devant sont en l'air-, il attend l'assaillant. Le té- méraire qui s'approche est saisi , plongé sous l'eau et retenu dans cette position, tandis que le kanguarou continue son manège et tourne gravement, sans faire aucune attention à ce que sa victime peut faire avec ses pattes. Le chien périt infailliblement, si quelque compagnon courageux ne vient le secourir en livrant à l'ennemi une nouvelle attaque pour l'obliger à faire un autre usage de ses terribles pattes de devant. Alors, le malheureux , à demi noyé , revient sur l'eau, mais c'est en vain que le chasseur cherche à ranimer son courage , et à le ramener au combat ^ il fuit, et gagne la terre ^ c'est là seulement qu'il retrouve ses forces et son ardeur. »
On sait que les kanguarous n'ont été observés que dans l'Australie et sur laterrede Van-Diemen, qui, à une époque très-ancienne, fut probablement une parlie de la Grande- île. M. Cunningham compte sept espèces de ces animaux ,
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branche cii branche , élalanl sa queue eu éventail ^ et , quand vous entendrez le rémouleur en des lieux où vous seriez tenté de croire que le sauvage même n'a jamais pé- nétré, pourrez-vous n'être pas frappé d'étonnement? Vous chercherez à connaître cet être singulier; vaine poursuite! il est sans cesse errant , et , sans aucune volonté de vous fuir, il cbange continuellement de place , parce que telle est son habitude. Vous rencontrez une loge de nos bûcherons^ ils sont rangés autour d'un bon feu -, vous prenez place et vous vous chauffez avec délices ; lout-à-coup , le bruit d'une marche pesante attire votre attention-, un lourd fardeau, jeté par terre près de la porte, l'ébranlé du haut en bas-, votre oreille devient encore plus attentive , lorsque vous entendez l'étrange dialogue que voici : « Eh bon Dieu ! quel gaillard ! où donc avez - vous rencontré ce vieux garçon ? — Pardieu, répond en grommelant une voix sourde et rau- que, j'ai cru que je ne viendrais pas à bout de ce damné ; il a fallu l'assommer à grands coups assénés sur la tète. » Immé- diatement après cette conversation peu rassurante , une fi- gure de brigand, s'il en fut jamais, entr'ouvre la porte, et se glisse dans la loge. Un énorme bonnet de poil couvre sa léle; sa casaque de peau de kanguarou est ensanglantée en plusieurs endroits : il promène son regard scrutateur sur chacun des individus rangés autour du feu ; et , tandis qu'il charge et allume sa pipe, il raconte , avec un sang -froid révoltant, qu'il vient de tuer un vieil homme; que, grâce à cette bonne fortune, il apporte de quoi régaler tout le monde à souper. Puis, se tournant vers vous et renforçant sa grosse voix : « Ceci vient à point pour recevoir ce gentil- homme , notre nouveau convive. » Pour le coup, vous ne doutez plus que vous ne soyez dans un repaire de canni- bales, cl condamné à partager leur horrible festin , si , toute- fois , vous n'êtes pas destine à bouillir dans leur marmite
A LA NOUVELLE-GALLES DU SUD. I OQ
enfin, vous respirez ^ le train de derrière du vieil homme est sous vos yeux -, une énorme queue y est allachée -, en un mot vous reconnaissez un kanguarou , animal avec le- quel vous avez été familiarisé, dès votre arrivée dans la co- lonie. ))
En effet , le kanguarou est le gibier le plus commun dans le pays , et le principal objet de la poursuite des chas- seurs. Si cet animal est à portée d'une rivière ou d'un étang, il s'y jette et peut alors soutenir contre les chiens un combat où il obtient souvent la victoire. Sur terre, il est sans défense ei ne peut échapper à ses redoutables en- nemis, dès qu'ils ont pu l'atteindre.
« Avec ses longs pieds de derrière et sa queue encore plus longue , souple et vigoureuse, le kanguarou se tient debout dans l'eau, tourne avec une prestesse étonnante, inspectant tout ce qui se passe autour de lui. Ses deux pattes de devant sont en l'air-, il attend l'assaillant. Le té- méraire qui s'approche esl saisi , plongé sous l'eau et retenu dans cette position, tandis que le kanguarou continue son manège et tourne gravement, sans faire aucune attention à ce que sa victime peut faire avec ses pattes. Le chien périt infailliblement, si quelque compagnon courageux ne vient le secourir en livrant à l'ennemi une nouvelle attaque pour l'obliger à faire un autre usage de ses terribles pattes de devant. Alors, le malheureux , à demi nové , revient sur l'eau, mais c'est en vain que le chasseur cherche à ranimer son courage , et à le ramener au combat 5 il fuit, et gagne la terre ^ c'est là seulement qu'il retrouve ses forces et son ardeur. »
On sait que les kanguarous n'ont été observés que dans ri\ustralie et sur la terre de Van-Diemen, qui, à une époque très-ancienne, fut probablement une parlie de la Grande- Ile. M. Cunningham compte sept espèces de ces animaux ,
l I O VOYAGE
depuis le kanguarou géant ]\\?>(\\\ ?i\\ hanguarou rat. Toutes ces espèces ont déserté les environs do Sydney, ou , peut- être, les chasses multipliées les ont détruites jusqu'à une certaine distance de la capitale; mais, dans l'intérieur, elles abondent autant qu'à l'époque de la fondation de la co- lonie. Le kanguarou géant s'apprivoise aisément , se plaît à vivre parmi les hommes, et, dans cette position nouvelle, il acquiert ou développe des facultés et contracte des habi- tudes fort extraordinaires. M. Cunningham eut l'occasion d'observer un de ces individus, dans une habitation , sur les bords de la rivière Hawkesbury.
« Ce mauvais plaisant